Littérature française
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la littérature française comprend l'ensemble des œuvres écrites par des auteurs de nationalité française ou de langue française. Son histoire commence en ancien français au Moyen Âge et se perpétue aujourd'hui.
Un des Serments de Strasbourg (842) est le premier texte complet connu rédigé en roman, l'"ancêtre" du français. Le premier texte conservé dans cette langue que l'on considère aujourd'hui comme "littéraire" est le Séquence ou Cantilène de sainte Eulalie, probablement écrite entre 881 et 882 ; c'est une simple adaptation en 29 vers d'un poème latin à vocation religieuse et pédagogique. Les premiers grands textes de la littérature française datent eux du milieu du Moyen Âge (XIe siècle), époque de développement de l'agriculture et d'expansion démographique après des périodes d'invasions, d'anarchie et d'épidémies.
Les chansons de geste sont de longs poèmes comportant des milliers de vers qui sont destinées à être chantées en public, geste signifiant ici exploits guerriers.
Elles relatent, sous une forme épique mêlant légendes et faits historiques, des exploits guerriers passés, et mettent en valeur l'idéal chevaleresque. La plus ancienne et la plus connue est la Chanson de Roland qui a été écrite au XIe siècle ; elle raconte, en les idéalisant, les exploits de l'armée de Charlemagne. La littérature courtoise, apparue au XIIe siècle, a pour thème principal le culte de l'amour unique, parfait et souvent malheureux.
Elle trouve son origine dans l'Antiquité, intègre des influences orientales dues au retour des Croisés, et s'inspire de légendes celtiques. Ainsi, la légende de Tristan et Iseult raconte l'histoire d'un amour absolu et impossible qui se termine par la mort tragique des amants ; ces poèmes étaient chantés à la cour des princes par les trouvères et les troubadours. Chrétien de Troyes (1135 ?–1190 ?) est sans doute le premier romancier de la littérature française ; ses romans comme Yvain ou le Chevalier au lion, Lancelot ou le Chevalier de la charrette et Perceval ou le Conte du Graal sont typiques de ce genre littéraire. Le long poème Le Roman de la Rose, best-seller datant du début du XIIIe siècle est l'un des derniers écrits portant sur le thème de l'amour courtois, et cela seulement dans son court début écrit par Guillaume de Lorris. Le reste du poème, continué par Jean de Meung contient au contraire des passages (dont celui de La vieille) d'une étonnante misogynie, mêlée par ailleurs à des arguments articulés de critique sociale. Vers la même époque, le Roman de Renart est un ensemble de poèmes qui relatent les aventures d'animaux doués de raison. Le renard, l'ours, le loup, le coq, le chat, etc. ont chacun un trait de caractère humain : malhonnête, naïf, rusé… Les auteurs anonymes raillent dans ces poèmes les valeurs féodales et la morale courtoise. Le poète parisien du XIIIe siècle Rutebeuf se fait gravement l'écho de la faiblesse humaine, de l'incertitude et de la pauvreté à l'opposé des valeurs courtoises. Les premières chroniques historiques écrites en français sont des récits des croisades datant du XIIe siècle. Certains de ces récits, comme ceux de Joinville retraçant la vie de saint Louis, ont aussi un but moral et idéalisent quelque peu les faits relatés. Ensuite la guerre de Cent Ans (1337–1453) est racontée par Jean Froissart (1337–1410 ?) dans deux livres appelés Chroniques. Eustache Deschamps, le poète, témoigne de la société et des mentalités pendant la guerre de Cent Ans. Après la guerre de Cent Ans, le poète François Villon (1431–1463 ?) traduit le trouble et la violence de cette époque. Orphelin d'origine noble et bon étudiant, il est ensuite condamné pour vol et meurtre. Son œuvre à la fois savante et populaire exprime une révolte contre les injustices de son temps. Le théâtre religieux se développe tout au long du Moyen Âge, il met en scène les Mystères, c'est-à-dire les fêtes religieuses comme Noël, Pâques et l'Ascension ; au contraire des genres littéraires précédents plutôt aristocratiques, il s'adresse au plus grand nombre. À côté de ce théâtre religieux, un théâtre comique appelé farce apparaît au XVe siècle où il est durement combattu par les autorités religieuses.
Fin de l'article
Liste des auteurs célèbres:
Johan August STRINDBERG
Jean COCTEAU
Paul VALÉRY
John Hoyer UPDIKE
Jules VALLÈS
Paul VERLAINE
Fiodor Mikhaïlovitch DOSTOÏEVSKI
VOLTAIRE
Émile ZOLA
Luigi PIRANDELLO
Alexandre DUMAS
Ernest HEMINGWAY
HISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANCAISE
Mise en oeuvre
Source NATHALIE KHATCHATRIAN
LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE
LITTERATURE FRANCAISE: LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE
LA LITTERATURE DU XVII SIECLE
Le siècle de Louis XIII.
Les évènements politiques: l’édit de Nantes, la régence de Marie de Médicis, la Fronde ont influencé le développement non seulement de la literature, mais aussi de la science, surtout de la philosophie. Richelieu et l’Académie française
La découverte des sagesses antiques – des maîtres stoiciens Sénèque et Epictète amène à l’enseignement des cours de philosophie dans les collèges, reorganisés par Henri IV. Les generations de la première partie du siècle s’enchantent de la grandeur et des vertus romaines, rêvent d’un héroisme souvent lié à l’idéal stoicien: maîtrise de soi, souveraineté à l’égard du monde extérieur, primauté d’un ensemble de valeurs morales reunies dans la notion de “générosité”. Comme au XVI s. l’Italie fascine les créateurs. Marie de Médicis et Mazarin attirent leurs compatriotes. Machiavel influence la politique française, Pomponazzi – la liberté de la pensée, Castiglione – la vie mondaine, Marini (qui vit en France de 1815 à 1623) – sur la préciosité., sans parler des grandes oeuvres de chevalerie: Boiardo, Arioste, Tasse.
On ne peut ne pas marquer l’influence espagnole. Il s’agit surtout de théâtre, mais le roman, surtout le Don Quichotte de Servantès devient aussi rapidement célèbre. La Diane de Montemayor a marqué l’Astrée, les poètes Gongora et Gracian – les précieux français.
Le courant précieux.
Dans la haute société ont voit briller la “courtoisie”, qui date de la fin du XII s. et, grace à l’importance nouvelle du rôle des femmes, marque le goût pour l’élégance, et le raffinement. La chevalerie est métamorphosée en galanterie. La littérature française, nommée précieuse, est marquée par l’anglais Lily, l’espagnol Gongora, l’italien Marini. L’aristocratie française de l’époque est d’un coté mécontente de la politique du cardinal Richelieu, qui cherche alliance avec la bourgeoisie et tente à priver la noblesse de ses privilèges, de l’autre - .déplore la grossièreté de la cour de Henri IV de Bourbon et la finesse des derniers Valois (Henri II, Henri III).
La préciosité opte pour la nouveauté, pour l’italien et l’espagnol contre le grec et le latin, elle lutte contre les dogmes et les canons. La nouvelle conception de l’amour, qui va influencer la littérature du sentimentalisme et du romantisme, fait apparaitre ce sentiment comme le plus agréable des dangers, auquel il est impossible de resister et qui apporte la souffrance. On fait l’éloge de la “tendre amitié”, qui est sutout décrit dans la Clélie de Mlle de Scudéry (1654) où elle montre les parcours des émois du coeur, condamne l’ambition et la recherché de l’argent, et publie le croquis géographique ”La Carte du Tendre”
La mode du burlesque apparaît dans les romans de Mlle de Scudéry, de Mme de Sévigné et, surtout, dans le grand roman sentimental d’ Honoré d’Urfé l’Astrée.
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Astrée et Céladon. – Céladon aime depuis 3 ans la bergère Astrée. Mais celle-ci, sur un faux rapport croit Céladon infidèle et le bannit de sa presence. Désespéré, le malheureux se jette dans la rivière. Astrée alors découvre son erreur et la regrette. Cependant Céladon, déposé sur la berge, a été sauvé par la princesse Galatée, qui s’éprend de lui. Mais il résiste à cet amour et s’enfuit. N’osant apparaître devant Astrée,le jeune home vit dans la forêt . Le druide Adamas lui suggère un strtagème: il l’habille en fille et le fait passer èpour sa propre fille. Astrée se lie avec cette nouvelle venue, qui lui rappelle celui qu’elle aime. Elle kui confie ses sentiments. (Ici s’arrête le texte d’Honoré d’Urfé, la suite est de Baro).
Céladon se fait enfin reconnaître. Outrée de cet artifice, Astrée le chasse de nouveau Au terme de merveilleuses aventures, les deux amoureux sont définitivement réinis et se jurent une éternelle fidélité..
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Un nouvel élan à la mode du burlesque est donné par la multiplication des salons, dont le plus connu est celui de la marquise de Rambouillet. Elle reçoit dans sa célèbre “chambre bleue” une société fort gaie, hostile à tout pédantisme. On y cultive surtout de petits genres – épigrammes, madrigaux, sonnets, lettres, énigmes, bouts-rimés, qui ont sûrement influencé Voltaire. En 1641, le duc de Montausier offre à la fille de Mme Rambouillet La guirlande de Julie, receuil de 62 poèmes de différents auteurs. Voiture est un des poètes les plus connus, auteur des chansons gaies qui a continué le badinage de Marot et des poètes médiévaux dans des ballades et rondeaux: La Fontaine et Charles Perrault ont aussi commensé leur carrière littéraire dans la poésie de salon.
La littérature précieuse avait une langue spécifique, qui est pleinement présentée dans le Dictionnaire des précieuses, composé par Somaize, mais elle est aussi parodiée par Molière dans Les précieuses ridicules.
La philosophie cartésienne
René Descartes (1596-1650) publie en 1837 le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, c’est la première oeuvre philosophique en langue française. Descartes propose des “règles” rationnelles à l’activité de l’homme, faire table rase de tout ce que nous avons appris, pratiquer la doute méthodique, ne recevoir que les idées qui nous apparaissent clairement comme évidente (cogito ergo sum). Catholique convaincu, Descartes ouvre la voie à une théologie rénovée, par exemple à Arnauld, Malebranche. Sur le cartésianisme vont s’appuyer beuacoup d’entreprises critiques du XVIII s. et l’essor scientifique du XIX.
Pascal a dénoncé les limites de ce rationalisme cartésien, extrêmement fecond dans la recherche scientifique mais incapable de rendre compte des virtualités de l’âme humaine.
La literature comique.
Parallèlement à la littérature du clacissisme et la littérature précieuse, on voit le le développement d’un autre type de création Romanesque, influencé par le Satyricon de Pétrone et L’âne d’or d’Apulée, ainsi que des romans picaresques espagnols. Ce sont l’Histoire comique de Francion (1623) et Le berger extravagand (1627) de Charles Sorel (1600-1674), ainsi que Le Virgile travesti (en vers burlesques), les Satires et Le roman comique (1651-1657) de Scarron (1610-1660).
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Le roman comique. – L’ avant-garde d’une troupe de comédiens descend un soir à l’auberge de la Biche, au Mans. Pour payer leur séjour, ceux-ci jouent une pièce qui se termine en rixe. Le prévôt La Rapinière les emmène loger chez lui. Divers incidents se produisent. Dans la troupe se trouve une charmante comedienne, l’Etoile, très entourée par certains Manceaux, dont le petit avocet Ragotin, sur qui s’abattent plaisamment malheur sur malheur. Au milieu de tous ces évènements s’intercalent des nouvelles espagnoles ainsi que l’histoire romanesque du jeune comédien le Destin et de l’Etoile. Après l’enlèvement de l’actrice Angélique, puis celui de l’Etoile, tout commence à s’arranger… (mais le roman, inachevé, s’interrompt).
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L’un des auteurs les plus connus Cyrano de Bergerac (1619-1655) est à noter. Il est l’auteur d’une tragédie La mort d’Agrippine, une comédie Le pédant joué, et deux contes philosophiques: Les Etats et empires de la Lune (1657) et l’Histoire comique des Etats du soleil (1662), inspires de l’Utopie de Thomas Morus et de La cite du Soleil de Campanella.
Le règne de LouisXIII et surtout le pouvoir immense du cardinal Armand de Richelieu, qui a fondé en 1634 l’Académie française et a pensionné plusieurs écrivains, ont été favorables au développement du théâtre. Le XVII siècle est vraiment “le siècle d’or” du théâtre français.
Dans toutes les villes de la France on voit des théâtres où on voyait jouer des troupes de comédiens. Les plus grands théâtres de Paris – L’Hotel de Bourgogne, Le Marais, La Comédie- Française, sont soumis au contrôle de l’Académie qui veillera à la normativité de l’art, à la conservation de la loi des unités et, en fait, au développement du classicisme français.
L’ esthétique normative du classicisme, en bonne partie héritée d’Aristote, exige:
- lucidité et raison des actes et des sentiments, fondés sur le rationnalisme de Descartes,
- puiser dans l’histoire , de preference dans l’histoire ancienne
- imiter la nature, mais sans description des paysages
- vraisemblance et utilité morale,
- l’intérêt d’Etat
- différension des genres,
- conservation des unites: de lieu, de temps, d’action
- cinq actes obligatoires pour la tragédie
- le ton majestueux et tendu
L’art des grands acteurs a joué un rôle considerable dans la formation de la grande tragédie française, il s’agit par exemple d’Adrienne Lecouvreur.
Pierre Corneille(1606-1684) est né a Rouen. Après de brillantes etudes au college jésuite il tourne vers le droit et deviant avocet au Parlement de Rouen. Ce bourgeois pieux et timide va créer l’oeuvre dramatique la plus puissante de la littérature française.
Ses oeuvres principales sont:
1635 La place Royale (comédie)
Médée (tragédie)
1636 L’illusion comique (comédie)
Le Cid (tragi-comédie)
1640 Horace (tragédie)
1642 Cinna (tragédie)
1643 Polyeucte (tragédie)
1644 Rodogune (tragédie)
1651 Nicomède (tragédie)
1662 Sertorius (tragédie)
1667 Attila (tragédie)
1674 Suréna (tragédie)
Après les premiers succès de ses comedies Corneille deviant un des 5 écrivains charges par Richelieu de mettre en vers La Comédie des Tuileries et compose Médée, inspirée d’Euripide et de Sénèque, et enfin son chef-d’oeuvre - Le Cid. Les tragi-comédies plaisaient au public, mais Corneille cherchait à concilier le romanesque aux règles nouvelles. Il s’inspira d’une pièce de l’Espagnol Guilhem de Castro Las Mocedades del Cid.
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Le Cid Chimène va prochainement épouser Rodrigue, mais leurs pères, deux grands seigneurs castillans, se querellent à propos d’une charge: Don Gomez, père de Chimène, gifle Don Diègue, père de Rodrigue. Accablé par l’âge, Don Diègue confie à son fils le soin de le venger. Celui-ci, après une longue hésitation (le Stances), comprend, que le souci impérieux de sa “gloire” lui impose de laver l’affront fait à sa famille (acte I). Rodrigue défie et tue en duel Con Gomez. Chimène vient réclamer, malgré son amour, le châtiment de Rodrigue(acte II). Tandis que Chimène exprime ses souffrances à sa gouvernante, survient Rodrigue. Il offre sa vie à Chimène, puis se justifie: c’est pour garder son estime qu’il a fait son devoir. Chimène veut venger son père pour être digne de Rodrigue. Les deux jeunes gens s’abandonnent à un pathétique duo sur leur bonheur perdu. Mais les Maures menacent la ville: Don Diègue encourage son fils à s’illustrer contre eux (acte III). Rodrigue a vaincu les Maures. Le roi lui fait un acceuil triomphant et écoute de sa bouche le récit du combat. Chimène vient pourtant réclamer justice et choisit pour champion son sourirant, Don Sanche. Le roi declare qu’elle appartiendra au vainqueur (acte IV). Rodrigue vient dire à Chimène qu’il ne se défendra pas. Eperdue, elle laisse échapper un cri d’amour. Rodrigue triomphe de Don Sanche, le roi annonce qu’il accorde à Chimène un deuil d’un an, au cours duquel Rodrigue, par ses exploits, achèvera de la mèriter.
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Les héros de la pièce, écrite en alexandrins, sont jeunes, les caractères – forts. Mais il y eu des attaques des critiques, qui reprochaient à Corneille d’avoir manqué aux règles, d’avoir plagié son modèle espagnol.
La décéption de l’auteur dure trois ans, mais il réfléchit sur la valeur des règles et le métier dramatique. En 1640 il compose Horace, tragédie régulière inspirée de Tite-Live, qui ouvre le cycle des tragedies romaines.
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Horace Albe et Rome sont en guerre, mais les deux cites décident de choisir chacune trios champions, dont l’affrontement réglera leur différend (acte I). Albe choisit trios frères, les Curiaces, et Rome en élit trois autres, les Horaces. Hàlas, les deux familles sont liées: l’aîné des Horaces a épousé Sabine, soeur des Curiaces, l’aîné des Curiaces est fiancé à Camille, soeur des Horaces. Horace se prepare au combat avec allégresse, tandis que Curiace l’attend avec resignation (acte II). On annonce que le combat est en cours, puis que les deux des Horaces ont été tués et que le troisième est en fuite. Le viel Horace se prepare à tuer ce lâche (acte III). Mais cette fuite était une feinte: ayant séparé ses poursuivants, Horace les a abbatu séparément tous les trois. Le vieil Horace exulte. Camille pleure et maudit Rome. Son frère vainqueur la tue (acte IV). Horace est jugé pour ce fratricide, le roi Tulle déside qu’il devra se soumettre à une cérémonie expiatoire et qu’il vivra (acte V).
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Comme Le Cid, Horace présente des héros passionnés de “gloire”, mais l’intransigeance brutale du protagoniste a suscité des reactions diverses. Cette pièce est inférieure au Cid, les critiques ont note les deux périls succéssifs du héros, ce qui viole l’unité de l’action.
Après cette tragédie Corneille s’inspire d’un passage du traité De la clémence de Sénèque pour composer Cinna, dont le thème principal est la gloire par le pardon et qui a eu un succès très vif. Le sujet fait renaître l’époque de l’empereur Auguste.
Le thème de la gloire par la sainteté est principal dans “Polieucte”. Comme dans d’autres tragédies “chrétiennes” de Corneille, on y voit des héros arméniens.
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En 250, sous le règne de l’empereur Decius, les chrétiens sont persécutés. Un seigneur arménien, Polyeucte, se dispose à recevoir le baptême. Alarmée par un songe, sa femme Pauline le presse de ne pas sortir: elle a vu un chevalier romain sans fortune, Sévère, qu’elle aima autrefois, mais que son père Felix ne lui permit pas d’épouser. Ce Sévère, qu’on croît mort, poignardait Polyeucte. Tandis que Polyeucte sort avec son ami chrétien Néarque, Félix, bouleversé vient announcer que Sévère est vivant. Favori de l’empereur, il arrive dans la capitale arménienne. Redoutant sa vengeance, Félix decide Pauline à tenter de le fléchir (acte I). Sévère, malgré son amertume, et Pauline, malgré son trouble, s’inclinent devant le destin et conviennent de ne plus se revoir. Cependant se prepare un sacrifice aux dieux païens: Polyeucte se propose d’y détruire les idoles (acte II). Le scandale éclate. Félix furieux, espère une rétractation de Polyeucte, qui n’est pas ébranlé par le supplice de Néarque. Il multiplie les pressions sur Polyeucte (acte III). A Pauline, qui tente de le fléchir, Polyeucte répond en l’appelant à la conversion. Puis, avant de mourir, il la confie à Sévère. Mais Pauline fait appel à la générosité de Sévère qui se décide à s’entremettre en faveur de Polyeucte (acte IV). A de nouvelles solicitations de Pauline et de Félix, Polyeucte oppose une profession de foi chrétienne. Après avoir assisté au martyre de son mari, Pauline se convertit au christianisme. Félix, lui aussi, est touché par la grâce. Sévère, ébranlé, annonce qu’il va s’attacher à promouvoir une politique de tolérance à l’égard de la religion nouvelle (acte V).
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Corneille continue le développement du theme de la gloire par la volonté de puissance dans Rodogune, la gloire par l’indépendance politique dans Nicomède, la gloire par l’amour dans Suréna. Les héros de Corneille sont toujopurs “hors de l’ordre commun”, non seulement par leur rang (souverains, chefs d’armée, princes…), mais par leur royauté morale, par la force de leurs passions, leur intelligence politique. Il montre dans ses tragedies la terreur et la pitié, notées par Aristote, comme deux ressorts de la tragédie. Il aime surtout des héros-sauveurs, qui dominent les rois. Les femmes ne détournent pas les héros de la route qu’ils se sont tracée, de leur gloire, et manifestent toutes les nuances de l’amour. Il faudra noter aussi la noblesse et la somptuosité verbale, la repetition et la souplesse de la poésie cornélienne.
Le siècle de Louis XIV.
Les évènements politiques – le règne personnel du Roi-Soleil, âgé de 22 ans, l’arrestation de Fouquet, la mort d’Anne d’Autriche, les guerres, la révocation de l’édit de Nantes, la naissance de Louis XV et la mort du roi en 1715 – ont joué un rôle important pour le développement des lettres. Le début du règne était heureux, mais au cours des années 1680 s’amorce le déclin.
La tragédie française reçoit un nouveau éclat dans l’oeuvre de Jean Racine (1639-1699). Orphelin à 4 ans, il fut recueilli et formé par les religieuses de Port-Royal, auquel il a dédié ses premiers vers. En 1658 il s’installe à Paris, se lie avec La Fontaine. Il célèbre le mariage du roi par une ode remarquée “La nymphe de la Seine”. Dès 1664 il commence à écrire pour le théâtre. En 1668 meurt sa maîtresse, la comedienne Thérèse Du Parc, empoisonnée. Une rumeur persistante accuse Racine et son “extrême jalousie”. Dans 10 ans il écrit 7 tragédies qui eurent un grand succès, mais Phèdre fut un échec. Il commence à mener une vie rangée, travaille pour le roi, élève ses 7 enfants. A la demande de Mme de Maintenon il écrit ses dernières pièces religieuses, défend Port-Royal, où il sera enseveli en 1699.
Les douze pièces de Racine
1664 La Thébaïde
1665 Alexandre le Grand
1667 Andromaque
1668 Les plaideurs (comédie)
1669 Britannicus
1670 Bérénice
1672 Bajazet
1673 Mithridate
1674 Iphigénie en Aulide
1677 Phèdre
1689 Esther
1692 Athalie
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Andromaque – A la suite de la ruine de Troie, Andromaque, veuve d’Hector, et son fils Astyanax sont captifs de Pyrrhus, fils d’Achille. Pyrrhus devait épouser Hermione, mais il aime sa prisonnière. Or les Grecs lui envoient un ambassadeur pour exiger la vie d’Astyanax: Oreste, épris d’Hermione. Pyrrhus promet à Andromaque de sauver son fils, si elle l’épouse (acte I). Hermione se torture, mais Pyrrhus se dit maintenant résolu de livrer l’enfant: Andromaque, veuve inconsolable, refuse son offre (acte II). Tandis qu’Oreste se désespère, Hermione exulte, repousse durement Andromaque, venue la supplier pour son fils. Au terme d’une nouvelle entrevue, Pyrrhus accorde à sa captive un délai. Andromaque hésite (acte III). Andromaque consent à épouser Pyrrhus, mais a décidé dans son coeur de se tuer après la cérémonie. Hermione égarée demande à Oreste d’assassiner Pyrrhus. Une ultime entrevue met en presence un Pyrrhus tout à son bonheur et une Hermione ulcérée qui l’accable de menace (acte IV). Hagarde, Hermione flotte. Mais Oreste lui annonce la mort de Pyrrhus: elle l’accueuille par des imprecations et se poignarde. On apprend qu’Andromaque a soulevé le peuple contre les Grecs. Oreste sombe dans la folie.
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Avec Andromaque apparaissent déjà les caractéristiques de la tragédie racinienne:
La pureté du tragique
L’arrière-plan légendaire
Une succession d’états d’âme
L’élégie
Les effets de sourdine
Racine, continuant les traditions de Corneille, fait représenter une tragédie romaine et politique, inspirée de Tacite, Britannicus. Mais, contrairement à Corneille, Racine s’intéresse peu à la politique. L’histoire procure des personnages princiers qui offrent la revelation de la folie humaine. Les hésitations de Néron en marche vers le crime, les solicitations de la conscience (Burrhus), et de ses mauvaises inclinations (Narcisse), l’apparition de ses tendances sadiques constituent le coeur de la tragédie.
Les 5 actes de Bérénice sont nés d’une phrase de Suétone: “ Titus, qui aimait passionément Bérénice, et qui même, à ce qu’on croyait, lui avait promis de l’épouser, la renvoya de Rome malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire”. Dans sa célèbre préface il a souligné son goût pour les sujets resserrés: ”faire quelque chose de rien”, “une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté des sentiments et de l’élégance de l’expression”. Corneille a écrit de son côté Tite et Bérénice, mais la comparaison établit la supériorité de Racine.
Après le succès de Bérénice, Racine abandonne l’Antiquité pour porter à la scène une histoire turque – Bayazet , qui s’était déroulé en 1635: l’assasinat du prince Bayezid par son frère Mourad IV.
Tout inprégné d’Homère, de Sophocle, d’Euripide, Racine fait reviver la Grèce dans Iphigénie en Aulide et Phèdre. La plus pure et la plus triomphante des tragedies françaises – Phèdre commence sa carrière par un échec.
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Phèdre. – Thésée a diparu. Hippolyte, qu’il a eu d’une Amazone, veut partir à sa recherche. Cependant Phèdre, épouse de Thésée, se consume d’un mal qu’elle finit par avouer à sa confidente Oenone: elle aime son beau-fils, Hippolyte. Mais on annonce la mort de Thésée. L’amour de Phèdre n’est plus coupable (acte I). Aricie et Hippolyte s’avouent leur amour. Mais Phèdre dévoile sa passion à Hippolyte indigné. Le bruit court que Thésée n’est pas mort (acte II). A l’annonce du retour de Thésée, Phèdre veut mourir. Oenone lui arrache l’autorisation d’accuser Hippolyte de tentative de viol à l’égard de sa belle-mère. Devant l’accueil qui lui est fait, Thésée conçoit des soupcons (acte III). Oenone accuse Hippolyte. Thésée chasse son fils, en invoquant l’aide de Neptune. Phèdre, tourmentée de remords vient plaider en faveur du jeune home, mais elle apprend l’amour d’ Hippolyte et d’Aricie et endure les tortures de la jalousie (acte IV). Aricie laisse entendre à Thésée qu’ Hippolyte est innocent. Troublé, celui-ci apprend qu’Oenone s’est suicidée et quw Phèdre veut mourir. Il supplie Neptune de ne pas tenir compte de son appel. Mais on apprend, que les chevaux d’ Hippolyte, terrifiés par un monstre marin, se sont emballés et ont causé la mort de leur maître. Phèdre, alors, avoue la vérité et s’empoisonne (acte V).
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Ce qui est à noter surtout, c’est l’atmosphère mythologique et l’amour-maladie. Les caractéristiques du tragique racinien sont
le règne de la fatalité,
la crise et le désastre dès le début de la pièce,
la cruauté,
le huis clos,
la cérémonie tragique.
Le destin postérieur de la tragédie racinienne est brilliant, surtout de Phèdre. Les plus grandes actrices des siècles suivants interprétaient le rôle principal – Rachel, Sarah Bernhardt et d’autres.
L’esthétique de classicisme est conclude dans L’art poétique(1674) de Nicolas Boileau. Là il rassemble et ordonne ses idées sur l’art:
Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli
Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable
Ce qu’on ne doit point voir, qu’un récit nous expose…
Il partage les genres en 2 groupes – Les petits genres (idylle, élégie, ode, sonnet, épigramme, satire et vaudeville (chanson satyrique) et Les grands genres - la tragédie, qui est la transposition artistique du malheur humain. Ses resorts sont la pitié et la terreur. Il exige une exposition vive et Claire, le respect des trios unites…
Le classicisme a influencé toute l’histoire du théâtre français.
La comédie littéraire s’est lentement dégagée de la farce et de l’imitation des comédies latines et italiennes avec leurs personnages stéréotypés: parasites, pédants, soldats fanfarons, valets… De 1610 à 1640 ne sont jouées que 46 comédies contre 48 pastorales, 88 tragédies, 116 tragi-comédies. Mais après 1650 la comédie s’impose comme un genre aussi “noble” que les autres: de 1652 à 1659 sont jouées 39 comédies contre 28 tragicomédies, 27 tragédie et 5 pastorales.
Molière a interprété nombre de pièces de ses devanciers, il était familier de la commedia dell’arte, dont les virtuoses ont joués en alternance avec lui. Mais les structures vides de la comédie humaniste , les procédés de la farce, les types de la comédie latine, les intrigues compliquées (l’imbroglio) des pieces italiennes, l’extravagance des dramaturges espagnols vont nourrir une creation neuve, l’homme réel dans la société réelle.
Jean-Baptiste Poquelin, Molière (1622-1673) , fils d’un tapissier du roi, a fait de bonnes étides en droit, et a fondé, avec l’actrice Madeleine Béjart, l’Illustre Théâtre. Le troupe d’une dixaine de comédiens ne pouvait pas s’imposer contre les deux troupes permanentes de l’Hotel de Bourgogne et du Marais. Après avoir été emprisonné pour des dettes, il gagne la province avec la troupe de Du Fresne, dans laquelle il commence sa carrière de dramaturge et d’acteur. Au cours de 13 ans de pélégrinage Molière a approfondi son expérience du théâtre.
Les comedies de Molière
1659 Les précieuses ridicules
1662 L’école des femmes
1663 La critique de l’école des femmes
1664 Tartuffe
1665 Dom Juan
1666 Le Mysanthrope.
Le médecin malgré lui
1668 Amphitryon
George Dandin
1669 L’avare
1670 Le bourgeois-gentilhomme
1671 Les fourberies de Scapin
1672 Les femmes savants
1673 Le malade imaginaire
Devenu le fournisseur des spectacles royaux, Molière compose des comédies-ballets, anime les fêtes données à Versailles en l’honneur de Louise de La Vallière. La musique de l’époque est présentée par l’oeuvre de Lully, qui collaborait souvent avec Molière.
L’exposition de Tartuffe est célèbre, il donne une “scène de famille” dans laquelle tous les personnages sont présentés. Il conduit les personages sympathiques jusqu’à la catastrophe, et ce n’est qu’au III acte découvre son intriguant.La pièce est doublement ambiguë. D’une part, le déplaisant Tartuffe a des cotés séduisants. De l’autre, il implique l’hypocrisie religieuse. Tartuffe fut interdit et Molière donne une nouvelle comédie en 5 actes et en prose – Dom Juan, dans laquelle il donne une nouvelle interprétation du sujet populaire.
Dom Juan. – Dom Juan évoque devant son valet Sganarelle le charme des conquêtes amoureuses. Il ne saurait s’enchaîner à aucune femme, pas même à Done Elvire, qu’il a jadis enlevée d’un couvent (acte I). Au terme d’une promenade sur mer, où il comptait arracher une jeune fille à son fiancé, Dom Juan est jeté par la tempête sur la rive. Là il séduit à la fois deux paysannes. Mais il les abandonne, car les frères d’Elvire le poursuivent pour venger leur soeur (acte II). Dom Juan expose à Sganarelle son scepticisme religieux. Puis il s’amuse à essayer, pour un écu, de faire blasphemer un pauvre. Il sauve la vie à unfrère d’Elvire, attaqué par des voleurs. Enfin, arrivé au tombeau d’un Commandeur qu’il tua autrefois, il invite par bravade la statue funéraire à diner. Celle-ci accepte d’un signe de tête (acte III). Don Juan éconduit successivement un créancier, son père, Elvire et se met à table (acte IV). Il feint le repentir, joue le dévot devant le frère d’Elvire. Survient la statue qui entraîne Dom Juan dans l'enfer (acte V)
Malgré son succès, Dom Juan ne dépasse pas 15 représentations. Molière, devenu chef de la Troupe du Roi, donne une satire en musique des médecins de la cour. La seule comédie de Molière qui mette en scène les excès de l'intransigeance morale - c'est Le Misanthrope. La pièce des plus connues est l' Avare , qui a été jouée sans grand succès. Molière a relue la comédie de Plaute, mais au lieu de procéder à l'analyse d'un «type» moral dabs la société datée, il emprunte à ses devanciers des situationse t traits comiques. Il fait ressortir la manie d'Harpagon en l'opposant à son amour sénile pour Mariane.
Dans Le bourgeois-gentilhommeMolièrecritique les moeurs de la bourgeoisie et sa tendance à la noblesse, qui est aussi parodiée. Il est à noter que Molière parodie aussi la mode littéraire des “précieuses” dans Les précieuses ridicules.
Les caractéristiques de l'art de Molière consiste en peinture sociale et «caractères éternels» - l'hypocrite, l'avare, le mizanthrope. La construction des comédies est fondée sur une énorme quantité d'oeuvres dramatiques. Capable d'agencer une intrigue compliquée, il préfère la simplicité.
Parmi les auteurs le plus connus du XVII siècle on doit noter l'historien Retz (Les Mémoires), La Rochefoucauld (Les Mémoires, les Maximes), et l'incomparable La Fontaine, auteur des Contes et des Fables.
Le XVIII siècle – le siècle des Lumières
Au XVIII siècle l’économie française connaît une progression constante, favorisée par l’exploitation des colonies et le développement du mercantilisme qui s’épanouit au XVII s., grace à Colbert. Le progress dans le domaine agricole est aussi très important. La population augmente, sans parler du commerce. Mais la paysannerie doit payer l’impôt, alors que la noblesse et le clergé échappent à cette nécessité. La noblesse mène une lutte constante contre Louis XV pour récupérer le pouvoir politique qui lui échappe.
A “l’honnête homme” du XVII s. succède un personage fortement individualisà, auquel le “libertine” a ouvert la voie – le Philosophe, qui porte sur tout un regard neuf.
Les philosophes ont découvert la notion de la nature humaine: l’homme se situe dans l’avenir sans aucune intervention divine. La littérature devient tribune pour la propagation des sciences nouvelles. Ils passent de la critique religieuse au matérialisme. Une des idées-maîtresse des Lumières est l’invention de la Liberté. Le testament qu’ont laissé les Lumières s’appelle Encyclopédie. L’idée vient de Rabelais, mais ce sont les philosophes du XVIII s. qui ont realisé cette idée, comme un témoignage d’une époque “hardie”. Dans 27 ans de travail parurent 28 volumes. Le Discours preliminaries est écrit par d’Alembert, qui, ainsi que Diderot, était l’âme de l’Encyclopédie. Les auteurs avaient l’ambition de faire le bilan des connaissances contemporaines dans tous les domaines – philosophie, technique, sciences naturelles, musique, arts, littérature.
Le XVIII s. littéraire est un siècle de prose. Le développement du roman est lié à l’ascension de la bourgeoisie. On voit tout d’abord les influences étrangères et le penchant pour la fiction Ainsi, dans l’oeuvre de Lesage le roman balance entre la vérité et la fiction, entre la morale et l’aventure.
Alain-René Lesage (1668-1747), né dans une famille bourgeoise bretonne. Perdant très tôt ses parents et sa fortune, il fut oblige d’écrire sans relâche pour assurer l’existence de sa famille. Traducteur de theater espagnol de l “âge d’or”, il commença à somposer des pieces. Les plus connus sont Crispin rival de son maître et Turcaret. Quand il commence à composer ses romans, il reste fidèle au thème espagnol. Dans son premier roman – Le diable boiteux (1707), Lesage présente toute une galerie des personnages, sur lesquels l’auteur jette un regard critique. Ce qui est nouveau dans la littérature de l’époque, c’est l’élément fantastique, introduit par Lesage. Le roman commence par la rencontre d’un étudiant – Cléofas, avec un “diable boiteux” – Asmodée, enfermé jusque là dans une bouteille. Lesage enchaîne des épisodes et des anecdotes: le diable enlève les toits des maisons pour montrer à Cléofas ce qui se passe à l’intérieur, toutes sortes de sottises humaines. A la fin du roman Asmodée, renfermé dans la bouteille par le magicien, laisse son ami, qui fait un riche mariage et entre dans la haute société. Lesage est loin du moralisme idéaliste, la conclusion de son roman est celle de la conformidad picaresque: accepter la vie telle qu’elle est en évitant le plus possible de s’y salir les mains. Si Cléofas n’est que spectateur, Gil Blas est lance dans l’existence. Pourvu des premiers principes de la philosophie, il descend dans la rue pour engager une discussion, mai dans le monde la parole ne suffit pas, il faut savoir jouer des coudes. Le roman est une promenade dans l’espace (Gil erre par toute l’Espagne) et dans le temps (l’action se déroule pendant le règne de Philippe III et Philippe IV et le héros devrait avoir 80 ans, quand il se marie avec Dorothée). Lesage montre la double ascension de son héros. D’abord Gil Blas était le domestique de petits gens, puis il passé dans le milieu supérieur. En cours de route il s’est enrichi et a été anobli (malgré lui). Mais il connaît aussi une ascension morale.
Au XVIII s. une oeuvre était très connue, c’est L’histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut de l’abbé Prévost (1697-1763). Un abbé libertine, qui a édité sous l’anonymat en Hollande ses Mémoires et aventures d’un homme de qualité, qui a quitté son couvent et s’est enfui à l’étranger. Il écrit son chef-d’oeuvre en Angleterre et en Hollande. En France le roman est condamné à être brûlé. Le héros, le chevalier des Grieux, avoue à son ami Tiberge qu’il est poussé vers Manon Lescaut par un coup particulier du destin, une passion qui le jette à l’âge de 17 ans vers une fille plus jeune encore. Manon est fort éprise de lui, mais elle ne résiste pas aux avances d’un amant plus fortuné. Pour la suivre, le chevalier ne secoue pas seulement la tutelle paternelle et l’éducation donnée par les Jésuites, il est bientôt entraîné au jeu, au vol, au meurtre même. Malgré les tentatives de l’auteur de server la morale et donner au lecteur une salutaire leçon, on le voit justifier cette oeuvre, où le vice garde son charme. L’abbé Prévost a mis beaucoup de lui-même dasn cette histoire, il y a transpose sa passion pour Lenki dont il était follement épris.
On trouve beaucoup de signes d’incertitudes dans dans l’oeuvre Romanesque de l’abbé Prévost, le mélange de l’ordinaire et de l’extraordinaire, du connu et de l’exotique, l’hésitation entre le “je” du romancier et le “je” du narrateur.
Idolâtré au XVII s. le théâtre ne le fut pas moins au XVIII. Dans la tragédie on voit Crébillon qui a fait sa déclaration fracassante: Corneille avait pris le ciel, Racine la terre, il ne me restait plus que l’enfer. Il a la réputation d’un dramaturge de la cruauté, ou du moins de sang versé: Athrée présente à son frère Thyeste une coupe péeine de sang de son fils (Athrée et Thyeste), Tullie, la fille de Cicéron, soulève la voile pour découvrir la tête tranchée de son père (Le Triumvirat), mais il doit son très grand succès à la manière dont il charge l’intrigue.
Dans la comédie – c’est Marivaux, membre de l’Académie française. Il a publié des périodiques, écrit des romans, mais c’est le théâtre qui le retient d’une manière durable. Dès l’âge de 18 ans, Marivaux a fait joué sa première comédie. Mais c’est surtout la réouverture du Théâtre Italien qui lui a donné l’occasion favorable pour le développement de son talent: une scène plus libre, , une troupe de qualité, surour la célèbre Silvia. Sur ses 27 comédies écrites de 1722 à 1746, 18 ont été composées pour le Théâtre Italien. Il avait une protectrice, Mme de Tencin, qui facilita son election à l’Académie contre Voltaire. Il a perdu sa femme, son fils unique entra au couvent. Il mourut à demi-oublié. La premiére caractéristique de la dramaturgie de Marivaux est la variété. Il faut souligner les nuances qui existent entre la comédie heroïque (Le prince travesti, Le triomphe de l’amour), la comédie pathétique (la Mère confidente), la comédie philosophique (L’île des esclaves), la comédie mythologique (Le triomphe de Plutus), la comédie de moeurs (L’école des mères) et la comédie proprement psychologique (La surprise de l’amour, Le jeu de l’amour et du hasard, Les fausses confidences).
Marivaux est analyste de l’âme feminine. La femme est reine dans ses comedies. Il est aussi peintre de l’amour naissant. Aves ses personages-types qui reparaissent de pièce en pièce, ses oeuvres semblent hors du temps. La société reste fortement hiérarchisée, mais aussi simplifiée: maîtres et serviteurs. Le valet Trivelin (La fausse suivante) annonce Figaro.
Il faut aussi expliquer le terme “marivaudage” qui signifie une préciosité nouvelle, un langage subtile, mais propre à traduire toutes les nuances de l’émotion.
Les idées politiques des Lumières sont merveilleusement présentées dans l’oeuvre de Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu. (1689-1755).
Sa vie ressemble à celle de Montaigne. Il a beaucoup voyagé en Europe. Son livre essential De l’esprit des lois est mis à l’Index, et Montesquieu, Presque aveugle, s’acharne à le defender. Il meurt de l’épidémie à Paris, après avoir “satisfait à tous ses devoirs” à l’égard de l”Etre eternel”, qui n’était pas nécessairement le Dieu des chrétiens. Le livre qui présentera toujours un grand intérêt, ce sont Les letters persanes. Depuis les turqueries de Molière, la curiosité suscitée par l’Orient n’a cessé de croître. L’intrigue persane des Lettres, pimentée par des aventures de harem, explique mieux que toute autre chose l’immense succès qu’elles connurent à leur apparition.
En quittant Isphahan pout l’Europe, en compagnie de son ami Rica, le seigneur persan Usbek a confié les femmes de son sérail à la garde du premier eunuque noir. Pendant son absence les captives se révoltent. Usbek donne de loin les ordres les plus rigoureux dans les lettres qui doivent être “comme la foudre qui tombe au milieu des éclairs et des tempêtes”, mais demeurent san sffet. Les châtiments ne font qu’irriter les rebelles. La favorite Roxane qui semblait restée être fidèle au maître absent, se révèle comme étant l’âme du complot. Se sachant perdue, elle écrit, avant de s’empoisonner, une lettre, la dernière, qui est un cri revendicatif et une apologie de la liberté.
En Europe les persans vont de surprise en surprise. Ce “regard étranger”, procédé déjà maintes fois utilisé avant Montesquieu, lui permet d’exprimer ses propres critiques. L’auteur se moque des moeurs des Parisiens, qui considèrent leur ville comme le centre du monde. La satire des moeurs s’élève jusqu’à la satire des institutions: l’Académie française, la justice, la monarchie absolue, le roi.
Voltaire (1694-1778) Dernier enfant d’une famille parisienne, François-Marie Arouet fait de solides étides chez les Jésuites avant de connaître les premiers succès mondains et littéraires. Pour de libelles injurieux contre le pouvoir il est incarcéré à la Bastille, où il rédige sa première tragédie OEdipe, puis, après une altercation avec le chevalier de Rohan, il fait un nouveau séjour à la Bastille, puis part en exil pour l’Angleterre. De retour en France il publie une Histoire de Charles XII (1731), la tragédie de Zaïre (1732), et surtout la “bombe” des Lettres philosophiques (1734). Craignant les poursuites, Voltaire se réfugie auprès de Mme du Châtelet qui l’initie aux sciences dans son château de Cirey. De 1744 à 1753 Voltaire mène une vie agitée avec des périodes de gloire et de deception, il devient historiographe de Louis XV, puis il est disgrâcié. Il va à Luneville chez le roi Stanislas, puis rejoint le roi de Prusse de Frédéric II, publie Le siècle de Louis XIV (1751), se brouille avec son protecteur et revient en France. Il a passé ses dernières années à Ferney, en “seigneur éclairé”, continuant son activité littéraire, économique, politique et philosophique. Revenu à Paris pour assister à la representation de sa tragédie d’ Irène, il meurt brisé par la fatigue et l’émotion, peu de temps après avoir été élu à la direction de l’Académie française.
Dans le choix des genres – tragédie et poème – se manifeste le conservatisme littéraire de Voltaire. Dans la tragédie il conserve le vocabulaire et la construction de la tragédie classique, mais il éprouve aussi l’influence de Shakespeare. Le goût de la couleur locale, c’est-à-dire l’exotisme, et la compléxité de l’intrigue tirent la tragédie voltairienne vers le drame. Parlant des poèmes il faur noter l’excellente du point de vue de l’humour et de la maîtrise artistique – La Pucelle d’Orléans
Vaguement inspirée de l’Otello, Zaïre (1732) illustre comment Voltaire, pour remédier la froideur de la tragédie classique, compte trop sur les éléments extérieurs: la sensibilité, le pathétique, les effets mélodramatiques.
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Zaïre. Zaïre, cartive depuis son enfance des Turcs, est amoureuse du sultan Orosmane qu’elle doit épouser. Un chevalier Chrétien, Nérestan, apporte une rançon pour obtenir la liberation des prisonniers: Orosmane en libère cent, mais refuse de render Lusignan, un vieillard de sang royal, et Zaïre. Celle-ci intervient auprès du sultan et obtient la liberté de l’aïeul qui reconnaît en Zaïre sa fille et son fils en Nérestan. La jeune fille accepte alors de revenir à la religion de ses ancêtres et se confie à Nérestan. Orosmane croyant à une intrigue entre le frère et la soeur poignarde Zaïre, puis, découvrant sa méprise, se tue après avoir libéré les prisonniers.
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On remarque que les personnages sont dominés par la “générosité” et ne sont plus du tout des individualités fortement dramatiques.
Dans les oeuvres historiques il croit aux “grands sages” (Charlemagne, Saint-Louis, le pape Alexandre III, Henri IV, Louis XIV), qui dirigent les peuples vers les sciences et les arts et font de leur temps un modèle de civilisation.
Malgré son mépris pour le genre romanesque, Voltaire a écrit plus de 25 contes ou “histoires” philosophiques. Micromégas est écrit sous l’influence des savants Locke, Pope, des themes fantastiques de Swift. Zadig est écrit en 1747 et correspond au début de la grande crise de la vie de Voltaire, qui quittait la petite cour de Cirey.
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Zadig. –Riche et sage Babylonien, Yadig (celui qui dit la vérité) a une confiance sans bornes dans le destin, malgré l’inconstance des femmes et l’ingratitude des homes à son égard. Remarqué par le roi, il devient quelque temps un minister “éclairé” et se proclame enfin heureux. Mais son amour pour la reine Astarté l’oblige à prendre la fuite. Parvenu en Egypte, il devient esclave du marchand Setoc dont il gagne la confiance: il s’oppose aux coutumes barbares, démontre à des hommes de races et de religions différentes qu’ils “sont tous du meme avis”. Une telle sagesse le désigne aux coups des fanatiques, et de nouveau Zadig doit prendre le chemin de l’exil, Sur la route de Babylon en révolte, il retrouve Astarté esclave et participe au combat qui doit désigner le nouveau roi: victorieux, il ne peut prouver son exploit, son armure lui ayant été dérobée. Finalement l’ange Jesrad l’invite à se soumettre aux desseins de la Providence. Zadig se fait alors reconnaître de ses compatriots, épouse Astarté, devient roi et découvre le bonheur.
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L’idée importante de Voltaire de démontrer aux gens de races et de religions différentes qu’ils “sont tous du meme avis” est l’expression du cosmopolitisme propagé par les philosophes des Lumières Il n y a aucune unité dans la trame des contes philisiphiques. L’unité profonde consiste dans la signification des propos. Zadig qui admet l’existence d’une Providence supérieure,comprend qu’il ne doit pas s’y soumettre aveuglément: par son travail et son intelligence il pourra changer le cours des choses. Le chef-d’oeuvre du conte voltairien - Candide (1759)– reprend les techniques essayées.
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Candide. - Le jeune Candide, disciple du philosophe optimiste Pangloss, est amoureux de Cunégonde, mais ne pouvant prouver sa noblesse, il est chasse du paradis du “Thunder-ten-tronckh”. Enrôlé de force dans l’armée bulgare, il parvient à s’échapper en Hollande où il retrouve Pangloss misérable. Ensemble ils rejoignent Lisbonne que secoue un tremblement de terre et sont condamnés par l’Inquisition. Sauvés par Cunégonde, ils s’enfuient en Amérique, avordent à Buenos Aires, mais, poursuivis par les inquisiteurs, Candide gagne le Paraguay, retrouve et tue le frère de sa bien-aimée. Enfin il arrive dans le paradis d’Eldorado, pays de rêve où il ne séjourne que quelques jours. Il repart pour l’Europe accompagné du savant Martin, un homme désabusé et “revenu de tout”: ils séjournent à Paris, voient fusiller l’amiral Byng à Londres, rencontrent au carnaval de Venise de moroses rois déchus. Enfin ils atteignent Constantinople, retrouvent Cunégonde vieillie et acariâtre, achètent une petite métairie et rendent par le travail leur vie supportable.
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Candide qui hésite dans le choix des deux doctrines – l’optimisme de Pangloss et le pessimisme de Martin, reçoit la réponse d’un vieux Propontide: Travaillons sans raisonner; c’est le seul moyen de render la vie supportable. Le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin.
Candide est le dernier cri de désespoir de Voltaire, les contes suivants marquent la réconciliation de l’écrivain avec la nature et la société.
L’une des figures les plus attachantes de son siècle est Denis Diderot (1713-1784). Théoricien dramatique, critique d’art, épistolier, essayiste, romancier, sans parler de sa grande participation à la creation de l’Encyclopedie.
Destiné par sa famille catholique à une carrière ecclesiastique, il s’enfuit à paris pour y mener une vie bohème. Il se lie avec Rousseau, d’Alembert, Grimm, et se lance dans les lettres. Il adapte les oeuvres de Shaftsbury, publie ses Pensées philosophiques (1746), un roman libertin Les bijoux indiscrets (1747), et surtout la Lettre sur les aveugles à l’usage des borgnes, qui lui vaut une incancération de quelques mois au fort de Vincennes. L’Encyclopédie, cette entreprise commencée en 1746, va l’occuper durant de longues années. Mais il continue d’écrire. Pour le théâtre d’abord,il compose Le fils naturel (1757) et Le père de famille (1758), deux drames qu’il accompagne de texts théoriques. Il est contre la forme versifiée, et proclame la vérité de l’action, cela veut dire le “vrai” pour lui n’est plus un concept philosophique, mais la réalité. En plus, il veut présenter au public diverses leçons morales sous le couvert de l’attendrissement, par le secours des pleurs.
Diderot est connu comme le “premier romancier moderne”. Son premier roman Le neveu de Rameau parut d’abord en Allemagne, dans l’adaptation de Goethe en 1805, en France en 1821 parut sa traduction de l’allemand et ce n’est qu’en 1891 qu’un erudite a découvert le manuscript de Diderot sur les quais. Un après-diner “Monsieur le Philosophe” (Moi) rencontre au Café de la Régence Jean-François Rameau (Lui), bohème et musicien. La conversation s’engage, chaotique en apparence., fourmillante de paradoxes, entrecoupée de pantomimes. Divers sujets sont abordés: rôle du genie, éducation des enfants, théories musicales, problèmes moraux… C’est un vrai pot-pourri de libres propos. Les séquences où Diderot laisse “Moi” juger son interlocuteur permettent à comprendre, qu’en réalité il n’y a pas de vainqueur, et après le dialogue chacun revient à ses occupations, le Philosophe dans ses “rêves”, Rameau à sa “gueuserie”. C’est que les options mentales sont identiques, chacun veut conserver son originalité et sa liberté, mais les moyens diffèrent.
L’oeuvre la plus déroutante de Diderot – Jacques le fataliste, est défini par Goethe comme “un énorme festin”. Extérieurement il y a 4 niveaux de narration: 1. le récit des aventures de Jacques. 2. son dialogue avec son Maître, 3.le dialogue de Diderot avec le lecteur au début du roman, 4. trois nouvelles, mêleés au corps du récit. A la trame centrale d’allure picaresque se superposent les amours de Jacques et les dialogues philosophiques sur le fatalisme. L’auteur ne décrit pas les aventures, laissant au dialogue le soin de réaliser les personnages. Dans son dialogue avec le lecteur Diderot dit que Jacques le fataliste est un anti-roman. L’originalité consiste dans l’idée finale du roman: Eh bien! reprenez son récit où il l’a laissé et continuez-le à votre fantaisie.
En ce qui concerne les questions de religion, souvenons-nous que catholique d’éducation, Diderot évolua du théisme à l’athéisme, à travers le déisme et le panthéisme. Ce qui prouve sa critique non pas de Dieu et de la religion, mais des institutions antihumaines, telles que les monastères, c’est son roman La religieuse, dont la publication fut posthume.
Entré en relation avec la tzarine Catherine II, qui lui avait acheté sa bibliothèque, Diderot a visitl Saint-Petersbourg en 1774. Ila passé ses dernières années dans le calme et l’étude grace à la pension qui lui accorde Catherine II.
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) est un des écrivains du siècle des Lumières dont la fascination sur le monde moderne ne cesse de croître.
Ayant perdu sa mere à sa naissance, il passé ses premières années dans la protestante République de Genève. Apprenti chez un graveur, il s’enfuit par les chemins de Savoie à Annecy, où Mme de Warens, qu’il appelle “maman”, le convertit au catholicisme. A Charmette, non loin de Chambery, il s’initie à la musique. Il inventa même un nouveau système de notation. Il passé par Lyon, Venise, se lie avec les encyclopédistes.En 1745 il se lie avec Thérèse Levasseur, une servante d’auberge dont il aura 5 enfants, tous confiés aux Enfants trouvées. Le Discours sur les sciences et les arts (1750) est couronné par l’Académie de Dijon et rend son nom célèbre. Cinq ans plus tard il publie le Discours sur l’origine de l’inégalité et revient au protestantiyme. Il vit a Montmorency chez Mme d’Epinay, éprouve une vive passion pour Mme d’Houdetot, se querelle avec Diderot. Condamné pour sa Profession de foi du vicaire Savoyard, il s’exile en Suisse à Môtiers, mais la population se dresse par le pasteur contre lui et il part pour l’Angleterre chez le philosophe Hume. Enfin, en 1770 il vient se fixer à Paris, pauvre et solitaire. Il termine ses Confessions, les Dialogues et les Réveries du promeneur solitaire, qu’il achève à Ermenonville, où se trouve son tombeau.
La vocation autobiographique de Rousseau tient à la fois de la confession publique et du journal intime: Jean-Jaques veut se justifier aux yeux du monde et plus encore mettre de l’ordre dans son esprit “inquiet de tout”. Le 12 livres des Confessions qui retracent la carrière de Rousseau de sa naissance à l’exil anglais, apparaissent comme un témoignage, un plaidoyer et une oeuvre d’art. Il veut montrer que “tout intérieur humain, si pur qu’il puisse être… récèle quelque vice odieux” et vat enter d’établir son innocence en accusant la société et la destinée.
Le roman La Nouvelle Héloïse (1761), malgré sa longueur, donne une impression de légèreté et d’équilibre. Les six parties du roman peuvent se grouper en deux drands moments que dominant la passion et la vertu. Dans cet ensemble, la letter 18 de la troisième partie joue un role capital: elle exlique le passé, plongeant le lecteur dans l’amour degrade, mais ouvre le chemin aux consciences apaisées des derniers livres. Ainsi se justifient le choix du roman épistolaire et sa longueur. L’histoire de Julie et Saint-Preux se passe au XVIII s. quand l’homme se trouveprisonnier d’une société qui refuse la transparence des coeurs. L’amour doit se voiler, d’où le renoncement à la possession physique ou à la jouissance qu’elle procure: chaque baiser, chaque étreinte est aussitôt analysé et suivi de regret. Pourtant le livre est un chant triomphal à l’amour. Rousseau a tenté d’unir la passion et la vertu. Rousseau introduit la nature dans les sentiments de ses héros. La société établie à Clarens offer le modèle illusoire de la reconciliation de l’état de nature avec la civilisation.
Face à la société, Rousseau explique ses regards dans le Contrat social, le Discours sur l’origine de l’inégalité et le Discours sur les sciences et les arts.
Face à l’homme, il compose un gros volume d’éducation – Emile. C’est un recueil de “reflexions sans ordre et Presque sans suite”, mais les propos s’enchaînent logiquement, s’appellant les uns les autres. Les premiers 2 livres sont intitulés “âge de la nature” (de 2 à12 ans). C’est l’éducation des sensations. Le III – c’est l’“âge de force” (13-15 ans). C’est l’éducation morale et intellectuelle, mais sans livres. On ajoute l’éducation physique et l’hygiène. Le IV livre décrit “l’âge de raison et de passions (15 à 20 ans), on discute les problèmes sexuels, moraux, politiques, sociaux. C’est aussi l’éducation religieuse dans la Profession de foi du vicaire savoyard. Enfin dans le V livre - “l’âge de la sagesse et du mariage”. Rousseau propose les methodes d’éducation, ayant comme but la formation d’un homme et un citoyen.
Le sentiment religieux de Rousseau est une réponse au doute stérile de la philosophie. Il se referme en lui-même et consulte “sa lumière intérieure”, sa conscience. Il suffit de sentir le Dieu dans son Coeur en admirant les merveilles de la création. Les preuves de cette religion naturelle soulèvent immédiatement 2 questions: l’existence du mal et des religions révélées. Si le mal existe, ce n’est pas à la Providence qu’il faut s’en prendre, mais à l’homme lui-même dont les progrès et la vie sociale ont peu à peu détruit l’harmonie originelle. Et des diverses religions on doit se contenter de croire en sa conscience et d’adorer humblemnet l’Etre supreme, quel qu’il soit.
La postérité de Rousseau est évidente surtout grâce aux romantiques, dont toute la generation s’est formée sous son influence. Mais il faut surtout parler de deux écrivains, de génération transitoire – Bernardin de Saint-Pierre et Senancour qui, influencés par Rousseau, ont créé des romans pleins de sensibilité, d’amour simple et pastorale, de descriptions sentrimentales de la nature.
La littérature de la fin du XVIII s. est notée par des romans de moeurs, que la pudeur et la censure empêchent de lire en profondeur: Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, L’Anatomie morale de Restif de La Bretonne, les nombreux romans de Donatien de Sade, qui compose son “évangile du mal”.
Dans la dramaturgie du XVIII s., surtout dans le développement du genre de la comédie, on doit rendre hommage à Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799). Venu au théâtre par délassement, il avait exprimé avec un rare bonheur les aspirations et les contradictions de son siècle, créé une oeuvre révolutionnaire. Issu d’une famille de modestes horlogers, il quitte le lycée à 13 ans pour s’initier au métier paternel. Il invente un mécanisme qui le rend célèbre à la cour. C’est ainsi qu’il devient successivement contrôleur d’office, maître de harpe des filles du roi et qu’il s’initie sous la conduite éclairée du financier Paris-Duverney au monde de l’intrigue et de l’argent. Il prend le surnom de Beaumarchais (d’une terre de sa femme), se rend en Espagne pour secourir l’honneur d’une de ses soeurs et, de retour à Paris, songe au théâtre et donne successivement Eugénie et Les deux amis, illustrations de l’Etat sur le genre dramatique sérieux (1767). Il se marie deux fois et reste veuf trés vite. Après la mort de Duverney, son légataire, le comte de La Blache accuse Beaumarchais d’avoir falsifié les papiers testamentaires. Il s’ensuit un procès que Beaumarchais gagne. La Blanche charge de sa défense le conseiller Goëzman. Beaumarchais publie quatre Mémoires, où il se déchaîne contre la justice. Finalement, le Parlement condamne Goëzman et blâme Beaumarchais. Désireux de se faire oublier pour rentrer en grace, il accomplit d’inctoyables missions en Angleterre et em Allemagne.
En 1775 il fait jouer Le barbier de Séville, qui obtient un grand succès.Dès lors c’est le triomphe. Il multiple ses activités: armateur pour les insurgents américains, éditeur des oeuvres completes de Voltaire, fondateur de la Société des Auteurs dramatiques. Il connaît le plus grand triomphe de sa carrière le 27 avril 1784 lors de la présentation du Mariage de Figaro. Enrichi pendant sa carrière, il semble suspect pendant la Révolution et doit s’exiler en Allemagne après la representation de sa dernière pièce La mère coupable.
Dans la version en 4 actes que nous connaissons aujourd’hui, la trame du Barbier paraît dénuée d’originalité: Un vieillard amoureux (Bartholo) pretend épouser demain sa pupille (Rosine), un jeune amant plus adroit le prévient (le comte Almaviva), et ce jour-même en fait sa femme, à la barbe et dans la maison du tuteur. Mais l’auteur retrouve les secrets de la joyeuse comédie d’intrigue, ses personnages cessent d’être des mécaniques de théâtre pour se teinter des couleurs de la vie. Beaumarchais a trouvé les fondements d’une dramaturgie comique nouvelle, alliant dans un harmonieux dosage la satire à l’imbroglio, qu’il devait porter au sommet de la réussite dans Le marriage de Figaro.
Présentée par Beaumarchais lui-même comme le “sixième acte” du Barbier, cette Folle journée triompha après une longue campagne menée contre la censure royale. La trame en 92 scènes, que Beaumarchais appelait “la plus badine des intrigues” présente un grand seigneur espagnol (le comte), amoureux d’une jeune fille (Suzanne) qu’il veut séduire, et les efforts que cette fiancée, celui qu’elle doit épouser (Figaro) et la femme du seigneur (l’ex-Rosine) réunissent pour faire échouer dans son dessein un maître absolu que son rang, sa fortune et sa prodigalité rendent tout-puissant pour l’accomplir. Dans cette pièce le centre d’intérêt se déplace d’Almaviva à Figaro. Les tirades, plus nombreuses, révèlent l’âme des personnages. Et puis, il y a Chérubin, création neuve de Beaumarchais, ce page qui symbolise les premiers émois du coeur amoureux, et fait planer sur la pièce une ombre de romnatisme.
Comme ses amis philosophes, Beaumarchais est défendeur du drame bourgeois, mais ses vues vont encore plus loin. Aux traditionnelles unites scéniques il oppose l’unité globale du théâtre. Dans la Préface du Mariage, il écrit que le but de l’auteur est d’“amuser en instruisant”. Alliant ainsi les principes de la comédie d’intrigues à l’esthétique du drame, il a créé un théâtre moderne dans le fond comme dans la forme.
Réduite à quelques tirades dans le Barbier, la satire sociale envahit Le mariage: le sujet même de la pièce, assez hardi, laisse supposer que l’auteur va se livrer à un règlement de compte avec les institutions en place. On reconnaît sous le grotesque Brid’Oison le juge Goëzman, la comédie s’élève à la hauteur de la tribune lorsque Figaro (V.3) fait l’éloge du mérite personnel, lorsque Marceline (III,16) dénonce la situation féodale des femmes. Ce sont là des idées que le siècle a développées sans relâche.
LA LITTERATURE DU XIX SIECLE
Le Romantisme
Après la Révolution de 1789 la France a vecu toutes les formes de gouvernement – un consulat, deux empires, deux royautés et deux républiques, sans compter trois révolutions, avant de s’en tenir définitivement au régime républicain.
Les nostalgiques de l’Ancien Régime, attribuant aux philosophes de XVIII s. la responsabilité des désordres, souhaitent un retour à la monarchie. Louis de Bonald conçoit la Révolution comme une divagation hors les lois de la nature et veut retourner à une monarchie féodale, au sein de laquelle noblesse et gouvernement s’appuient sur un catholicisme intransigeant. Ballanche insiste aussi sur le sur la nécessité de retrouver le sentiment religieux. Joseph de Maistre propose un synthèse du catholicisme austere et de l’illuminisme irrationnel. A cette noblesse cléricale s’oppose un courant libre-penseur, spécifiquement bourgeois, alimenté par la tradition philosophique du XVIII s. Entre ces deux tendances se dresse le catholicisme liberal. Le porte-parole de ce courant est Lamennais qui explique la nécessité pour l’église de cultiver son indépendance. Le courant socialiste met l’accent sur l’égalité et attaque le système de la propriété. Le comte de Saint-Simon prêche pour une société industriellement développée et conduite par un pouvoir spirituel. Charles Fourier propose une société dans laquelle chacun travaillerait dans la joie, selon ses passions.
Durant les premières années du siècle, les effets de la Révolution se font sentir sur les esprits. Depuis son exil suisse Mme de Staël exige une littérature libérée des contraintes du classicisme En même temps elle revendique que les écrivains élargissent l’horizon littéraire en se tournant vers leurs collègues étrangers. Le théâtre découvre Schiller, Goethe et Shakespeare, la poésie s’oriente, sous l’influence de Byron, vers le fantastique macabre, les romans de Walter Scott développent le goût du merveilleux médiéval.
Le romantisme qui domine l’époque, découvre tout d’abord la subjectivité, d’où la floraison des genres autobiographiques dans la première moitié du siècle. Le règne exclusive du moi s’explique par les conditions historiques qui font de la période post-révolutionnaire des années de la “crise de la conscience” et amènent de sérieuses modifications dans les rapports de l’homme au monde. Alors que les classiques considéraient la raison comme un guide infaillible, les romantiques laissent avant tout libre cours à leur sensibilité: à l’honnête homme classique – parfait et satisfait de son sort, se substitue un être divers, complexe, révolté contre le monde et la société, en proie au désiquilibre constant. Tour à tour, le romantique présente les diverses faces de sa personnalité, refusant le masque déshumanisé du personnage social exhibé par le classicisme. Le héros romantique est isolé dans la société, il est objet d’une fatalité malheureuse, il vit avec frénésie, il hait avec démesure, aime sans frein, s’agite, mais se retrouve finalement vaincu par une implacable malediction. Mais il est souvent créateur, artiste, chargé d’une mission humanitaire, pacifique, sociale.
L’importance du sentiment explique que les manifestations de la vie affective tiennent une place de choix dans la psychologie romantique. Et tout d’abord l’amour: ni construction raisonnée, ni impulsion sensuelle, mais principe divin. Mais c’est un amour contrarié: les romantiques exprime les affres de la solitude et de la mélancolie qu’engendre le sentiment trahi. Ce bonheur que lui refuse la femme, le romantique va chercher au milieu de la nature: car il semble bien qu’il met sur le même plan l’une et l’autre, la beauté fatale qui sème derrière elle malheur et souffrance, et la nature, paisible réconfort du poète.
Les éléments “extérieurs” du romantisme s’expriment dans le besoin d’évasion. Le romantisme étend le domaine de l’imagination, aussi bien dans le temps que dans l’espace. Il suffit de s’arrêter sur les titres des romans ou de recueils pour voir combien l’Orient, le Moyen Age et le mystère ont séduit les générations romantiques. Mystère que l’artiste ne se contente pas de traquer dans les elements, mais qu’il poursuit au fond de lui- même par la poétique du rêve ou du souvenir.
Le drame romantique est préparé par le mélodrame et la tragédie historique. Les goûts du public avaient bien change après Diderot, assurant le succès d’un genre hybride: le mélodrame. Successeur logique du théâtre bourgeois par son côté romanesque et sentimental, le mélodrame satisfait le besoin d’évasion: les mises en scènes fastueuses et pittoresques transportaient pour le temps d’une représentation le spectateur dans des châteaux rhénans et lui causaient bien d’émotions. Il y a dans cette littérature tout un arsenal qu’à la suite du maître du genre Pixérécourt, les Hugo, Vigny, Dumas, exploiteront dans leurs drames. Malgré son immense succès auprès du public, le mélodrame resta un sous-genre littéraire. Au contraire, la tragédie historique devint le grand genre dramatique du romantisme. Il était temps d’abandonner les sujets de l’Antiquité pour les grands et funestes tableaux de l’histoire de la France et d’autres pays europééns.les plus grand auteurs du siècle laissent des tableaux historiques: Merimée, Dumas, Hugo, Vigny, Delavigne.
La théorie du romantisme s’exprime dans de nombreuses préfaces et manifestes, qui, continuant les conceptions des romantiques allemands (Schlegel, Novalis etc) tentent de fonder un nouveau théâtre. Il y a trois idées- maîtresses principales:
- les romantiques refusent les unités de la tragédie classique
- le théâtre ne doit pas être le porte-parole d’un monde étranger ou antique, mais doit proposer des “fastes modernes”
- pour mieux impressioner le lecteur ou le spectateur, l’auteur doit jouer de tous les régistres, fonder de différents tons, mêler le comique et le tragique.
Si le drame fut le terrain de bataille du romantisme, c’est dans le genre romanesque qu’il a laissé la marque la plus éclatante. Malgré les nombreuses directions suivies par le roman romantique, il y a des exigences fondamentales: d’un côté se déroule le roman intime ou personnel, de l’autre – se développe le récit historique.
Le premier roman personnel (sans compter La Nouvelle Heloïse) c’est Adolphe de Benjamin Constant.
Fils d’un prince allemande, Adolphe termine ses études à 22 ans lorsqu’il fait connaissance d’Ellenore, maîtresse polonaise du comte de P…dont elle a eu 2 enfants. De temperament “distrait, inattentive, ennuyé”, Adolphe decide de la séduire, bien qu’elle soit son aînée de 10 ans. Il lui fait une cour timide, et deviant son amant. Dès lors, Ellenore s’attache à lui, allant meme jusqu’à romper avec le comte de P.. Pour ne pas la laisser dans le dénuement, Adolphe renonce à l’abandonner bien qu’une telle résolution ne “soit soutenue par aucun sentiment qui paraît qui partit du coeur”. Il doit meme la suivre en Pologne où la rappelled l’héritage paternel: c’est maintenant au tour du jeune homme de vivre aux dépens de sa maîtresse. Un ami de son père, le baron de T… fait remarquer à Adolphe qu’Ellénor “est un obstacle insurmontable” à sa carrière. Malgré cela, Adolphe ne peut se décider à partir: il écrit au baron pour lui annoncer qu’il ne saurait se résoudre à faire part à son amante de son projet de départ. Le baron transmet la lettre à Ellénore qui, de chagrin, succombe. Adolphe se retrouve donc libre, mais “étranger pour tout le monde”.
Le veritable succès du roman historique tient à deux raisons: le goût de l’évasion dans le temps et l’espace et l’influence de Walter Scott, qui remplaçait le roman narratif par le roman dramatique.. L’histoire n’était plus le cadre banal d’une aventure sentimentale, elle devenait le centre du récit, elle imposait à l’auteur de faire de ses personnages des types représentatifs d’un temps, d’une croyance ou d’une race. Un des premiers romans, inspirés de Scott est le roman Cinq-Mars de Vigny.
Après des années de raison imposées par les philosophes se développe un courant irrationnel: le goût pour l’occultisme témoigne d’un nouveau besoin de croire. C’est ainsi que prend naissance un nouveau genre littéraire – le conte fantastique. L’oeuvre de Charles Nodier et Gerard de Nerval est très importante.
Faisant suite à un siècle qui avait ignoré les véritables poètes, le romantisme brise avec les prédecesseurs en accordant à la poésie une place de premier choix. Ce qui apparaît avec le romantisme, c’est la poésie comme existence. Les romantiques n’ont pas établi de théories aussi nettes pour la poésie que pour le drame. Mais ils ont le souci de libérer le vers (coupes plus souples, rimes moins riches, cadences plus libérales).
François-René de Chateaubriand (1768-1848) a été le catalisateur de l’ancien et le neuf. Né dans une famille d’aristocrates bretons, il a eu une enfance oisive, étidiant sans enthousiasme. Lieutenant en 1786, il est présenté à la cour, la fréquentation des salons et des milieux littéraires l’éloigne de la foi catholique. Pendant la Révolution il émigre en Amérique. A l’annonce de l’arrestation de Louis XVI il revient en France et se met au service de la monarchie. Plus tard il émigre à Londres où il passe sept ans dans la misère. Il publie en 1797 un Essai sur les révolutions. La mort de sa mère et d’une de ses soeurs le ramènent au christianisme: Je pleurai et je crus. Revenu clandestinement il publie en 1802 Le génie du christianisme, grand ouvrage apologétique (où figurent les récits de René et Atala). Ayant trouvé grâce auprés de l’empereur, Chateaubriand devient ambassadeur à Rome, puis s’installe près de Paris. Il rédige Les martyrs et l’Itinéraire de Paris à Jerusalem. Elu à l’Académie, il ne peut prononcer son discours d’entrée, véritable réquisitoire contre la politique impériale. Dès lors débute son activité politique, il publie le pamphlet De Buonaparte et des Bourbons, puis il suit le roi Louis XVIII dans son exil de Gand. Il fonde un journal Le Conservateur, et trouve dans sa liaison avec Mme Récamier une consolation à ses déboires politiques. Il se désintéresse peu à peu des affaires du monde pour se consacrer à ses travaux littéraires. Il rédige ses Mémoires que des ennuis d’argent l’oblige à vendre au libraire. Perclus de rhumatismes, il passe ses dernières années dans la méditation.Il meurt à Paris, trois mois avant que paraisse le début de ses Mémoires d’outre-tombe. Selon son désir, il est inhumé sur l’îlot du Grand-Bé, devant Saint-Malo, “face à la mer tant aimée”.
Le volumineux Génie du christianisme est beaucoup plus important du point de vue littéraire que du point de vue religieux. Si Chateaubriand échoue dans sa tentative de vouloir expliquer l’organisation du monde par la présence de Dieu dans les merveilles de la nature, il trace en revanche des voies nouvelles à la sensibilité et à la littérature. Le problème du christianisme et de la nature est présenté dans Atala, qui fut publié séparément un an avant Le génie du christianisme.
Atala. – En Louisiane, près du Meschacebé (Mississipi), vit un vieillard aveugle nommé Chactas. Un jour il rencontre René, qui, “poussé par des passions et des malheurs”, a fui la France. Au cours d’une chasse au castor, Chactas fait à son nouvel ami le récit de sa vie.(Le prologue)
Chactas, recueilli par un chrétien, Lopez, est fait prisonnier par des Indiens. Il est sauvé par Atala qui s’est éprise de lui: tous deux s’enfuient et vivent une “amitié fraternelle” au milieu de la savane. Pressée par Chactas, Atala avoue qu’ elle est fille de Lopez et chrétienne: elle ne peut donc aimer un païen. Pourtant elle est sur le point de céder lorsqu’éclate un orage. Les deux jeunes gens fuient et trouvent azile à la mission du Père Aubry. C’est au retour d’une visite de cet azile de paix que Chactas découvre Atala mourante: consacrée par sa mère à la Vierge et craignant de ne pouvoir être fidèle à cette volonté, elle s’est suicidée pout respecter “ce voeu fatal qui la précipite au tombeau”. Avant de mourir, elle demande à Chactas de se convertir (Le récit)
Dans l’Epilogue, l’auteur raconte la fin de ses héros et révèle ses sources.
L’idée du récit repose sur un paradoxe: concilier la religion et le “bon” sauvage. On y voit la couleur locale, la peinture des moeurs, l’état sauvage. Le même cadre, les thèmes et les personnages d’Atala reprend l’autre récit, qui fait partie du Genie du christianisme – René.
René. – Recueilli par les Natchez, René mène une vie solitaire: seul le Père Souël et le vieux Chactas partagent quelquefois ses réflexions. C’est à eux qu’il se décide un jour à raconter “non les aventures de sa vie, puisqu’il n’en avait point éprouvées, mais les sentiments secrets de son âme”. De son enfance te son adolescence bretonnes, René retrace les longues promenades en compagnie de sa soeur Amélie. Tenté par la vie monastique et par les voyagesil désire mener une existence simple comme ces “heureux sauvages” qu’exalte une “vie d’exil champêtre” détournée de Paris, “ce vaste désert d’hommes”. Ressentant “un profond sentiment d’ennui” René songe à se suicider, sa soeur le dissuade: “Ingrat, tu veux mourir et ta soeur existe!” Tout paraît alors rentrer dans l’ordre, jusqu’au jour où Amélie annonce sa prise de voile: René s’abandonne à la joie du malheur (“Je n’avais plus envie de mourir depuis que j’étais réellement malheureux”) et décide de quitter l’Europe. Son récit terminé, il écoute le sermon du Père Souël: “Quiconque a reçu des forces doit les consacrer au service de ses semblables”.
Les Mémoires de Chateaubriand étaient écrits pendant 45 ans, et reflètent tous les aspects de sa vie. La Première Partie s’intitule “Ma jeunesse. Ma carrière de soldat et de voyageur”, La Deuxième – “Ma carrière littéraire”, La Troisième – La “Carrière politique”, La Quatrième et la dernière – “Ma carrière littéraire. Ma carrière de voyageur, ma carrière littéraire et carrière retrouvée”. Le projet de Chateaubriand diffère de celui de ses devanciers: il ne s’agit plus seulement de se justifier comme ce fut le cas pour Rousseau, ni même de chercher une règle de vie selon de désir de Montaigne, mais de mêler la peinture d’un moi au vaste tableau d’un monde en mouvement, de saisir et de fixer à jamais les images d’un passé regretté.
Alphonse de Lamartine (1790-1869), ce grand poète romantique, lentement exclu des anthologies, mais reconnu par la critique comtemporaine, a marqué l’ouverture d’une nouvelle période littéraire. Pendant sa jeunesse libertine, il rencontre en 1816 Mme Julie Charles, qui devient sa maîtresse et l’introduit dans les salons parisiens, mais meurt l’année suivante. En 1820 il épouse une anglaise, Mary Birch, et la même année il publie ses Méditations. En 1823 – ses Nouvelles Méditations, suivies des Harmonies poétiques et religieuses. Après la révolution de 1830 il tente une carrière politique et en fait devient ministre des Affaires étrangères.
L’évolution poétique de Lamartine va d’un lyrisme étroit à l’origine à la tentation d’englober l’expérience du monde. Entre les premiers recueils des Méditations, qui chantene une langueur élégiaque, et les Harmonies de 1830, le sentimente de la nature, qui se confondait avec la mélancolie du mal du siècle, s’élève jusqu’à la réflexion cosmique dans l’Hymne au matin. Cette évolution était amorcée dans La mort de Socrate, Le dernier chant du pèlerinages d’Harold, qui mènent la poésie aux frontières de la philosophie. Lamartine considère avant tout la poésie comme le “soulagement d’un coeur qui se berce des ses propres sanglots”. C’est donc égoïstement son destin que le poète modulera à l’infini. La nature même, omniprésente, n’est cependant jamais perçue comme telle, ce n’est qu’un miroir dans lequel le poète essaye de se reconnaître: “Et moi, je suis semblable à la feuille…” Un miroir tragique qui ne renvoie à l’homme qu’un portrait solitaire (La vigne et la maison) dominé par une inféconde tristesse (Le lac). C’est par l’intermédiaire de la nature que sont introduits l’amour et la fuite du temps. La mort ne chemine pas à ses côtés, seuls l’accompagnent la peur de mourir et le regret de l’être aimé.
La technique de Lamartine est fille des poètes du XVIII s.: le vocabulaire surchargé de périphrases, les images imitées du style noble, la construction des pièces, rigoureuse, trop intellectuelle pour un homme soucieux de laisser parler son coeur, tout trahit l’influence persistante du classicisme.
Victor Hugo (1802-1885). Le plus grand romantique dont “toute la lyre” a été chez lui au service de tout lui- même , et de tout le genre humain, du passé, du présent et de l’avenir, du visible et de l’invisible. Ce gigantisme même a quelque chose d’effrayant, et l’on a souvent prédit la ruine de la tour hugolienne. Mais contrairement à celle de Babel dont il s’est plu à chanter l’écroulement (Les Orientales), elle ne doit sa solidité qu’à un seul langage, - le sien.
On peut faire résurgir la multiplité des visages les plus frappants d’un homme riche en contraditions, qui avouait qu’il constituait une énigme pout lui- même.
Fils d’un général d’Empire, Victor Hugo a fondé en 1819 avec ses frères Abel et Eugène une revue Le conservateur littéraire. Il recherche, en célébrant la monarchie restaurée, l’encouragement et le soutien financier du roi. Il cultive le genre officiel de l’ode (Odes et poésies diverses, plus tard – Odes et ballades). Même ses premiers romans, Bug Jargal (1820) et Han l’Islande (1823), sacrifient au goût du jour, à l’influence de Walter Scott. Il obtient des pension, ce qui lui permet de se marier ave Adèle Foucher. Il obtient la croix de la Légion d’honneur à 23 ans. La même année il est invité au sacre de Charles X à Reims. Aux alentours de 1827 le légimiste de naguère passe du côté des libéraux et de leur journal Le Globe. Il célèbre Bonaparte et se sent fasciné par la geste impériale dont l’histoire de Cromwell devient sujet de son premier drame. Il veut frapper un grand coup et il choisit comme champ d’action le théâtre. Après le manifeste, véritable déclaration de guerre aux “classiques”, la “Préface” de Cromwell, la bataille fait rage au cours des représentations d’Hernani de février à juin 1830. Pourtant ni la salle de spectacle, ce champ clos, ni l’arène littéraire ne suffisent à Hugo. Au moment où le cercle familial est brisé par Sainte-Beuve, puis par Juliette Drouet qui, pour un demi-siècle, entre dans la vie du poète en 1832, il sent son printemps fané (Les feuilles d’automne) et sa voix disposée à murmurer simplement des Chants du crépuscule (1835). Le doute qui l’envahit était nécessaire pour que l’horizon du poète s’élargît. Car c’est vers le genre humain tout entier que l’entraîne maintenant la pente de sa rêverie. Une nouvelle jeunesse le pousse à participer au mouvement politique et social de l’époque. Après Le dernier jour du condamné, son roma Claude Gueux (1834) le montre penché sur le sort des déshérités, des parias de la société: la situation du sonneur de cloches Quasimodo et d’Esmeralda la bohémienne cernés par la foule des truands que mène l’archidiacre Claude Frollo n’est, dans Notre-Dame de Paris (1831) que la transposition historique et mythique du drame éternel des misérables qu’un écrivain au grand coeur voudrait dénouer.
Le redresseur des torts devient le héros central d’un théâtre où grandit la rumeur du peuple “qui a l’avenir et qui n’a pas le présent; le peuple orphelin pauvre, intelligent et fort, placé très bas et aspirant très haut”. Le valet Ruy Blas, amoureux d’une reine et engageant un duel à mort contre Don Salluste, symbole d’une noblesse décadente et pervertie, a pour mot d’ordre: Sauvons le peuple (Ruy Blas). On peut voir dans le dévouement de Ruy Blas à la reine Marie une transposition voilée du rôle que Hugo lui- même pouvait caresser en imagination auprès de la duchesse d’Orléans et qu’il tenta effectivement de jouer en 1848 quand il se déclara partisan d’une régence assurée par elle. Toujours est-il que son ascension, de 1840 à la révolution de février, n’est pas sans rappeler celle du valet-ministre. Elu à l’Académie française en 1841, il considère cet honneur comme le tremplin pour une vie publique. Le discours qu’il prononce l’année suivante en qualité de ce noble corps lui vaut d’être invité maintes fois par Louis-Philippe aux Tuileries. En 1845 “Victor-Marie, comte Hugo” est élevé à la dignité de pair de France. Peut- être deviendrait-il ministre sans le scandale de sa liaison avec la femme du peintre Biard. Il est élu député de Paris en 1848 et, de nouveau, en 1849.Il a apporté son soutien à la candidature de son ennemi de demain Louis-Napoléon Bonaparte. Après le coup d’Etat le 2 décembre 1851, il a cru prudent de prendre la fuite.
L’exil a rendu Hugo à lui-même. En fait, ni son activité d’homme public, ni le deuil douloureux de 1843 (la mort de sa fille Léopoldine) n’avaient interrompu son activité d’écrivain. Entre 1840 et 1850 il a écrit nombre de poèmes lyriques et sérieusement avancé un grand ouvrage en prose qu’il pense intituler Les misères et qui s’appellera finalement Les misérables. Seul l’homme de théâtre, affecté par l’échec des Burgraves en 1843, semble d’ être tu.
Hugo s’était préparé pour 10 ans d’exil. Il y en eut 20. Vingt années qui le mènent de Bruxelles a Jersey, et à Guernsay. C’est là que la tâche du proscrit devient la protestation vengeresse contre Napoléon-le-Petit. Il compose un receuil de poèmes – les Châtiments. Les titres des six première parties parodient les promesses restauratrices de l’Empire, la dernière s’intitule ironiquement “Les sauveurs se sauveront”. L’ensemble conduit de la nuit à la lumière, de Nox à Stella et à Lux. Une même division en 6 parties on voit dans les Contemplations. Les deux tomes - Autrefois et Aujourd’hui, sont partagés par la mort de Léopoldine. Hugo a pu, dans ce chef-d’oeuvre, donner une couleur épique aux mémoires de son âme, Mais il songe à un livre plus ambitieux encore qui contiendra “le genre humain… sera la légende humaine”. Il s’agît de la Légende des siècles, où on voit le lien qui existe entre la lutte du proscrit et le combat de l’Homme, à travers les âges, vers l’aurore future de Pleine mer et de Plein ciel. Cespièces sont comme fouettées par l’air marin (Les pauvres gens, Les paysans au bord de la mer), par la colère d’une victime contre les vexations de l’autorité (Première rencontre du Christ avec le tombeau, La vision de Dante), par l’espoir de voir un jour les méchants punis (La conscience) et l’esprit puissant vainqueur.
En 1859 la proclamation d’amnistie permet à Hugo de rentrer en France. Mais il s’obstine, car paradoxalement, il est devenu révolté réconcilié. Sa barbe qu’il laisse pousser à partir de 1861 pour prévenir les maux de gorge, lui donne l’air à la fois de Karl Marx et d’un patriarche de la Bible. Cela ressemble à la tranformation de Jean Valjean en M. Madeleine. Il continue à soutenir les faibles et à flétrir les puissants dans ses roman Les misérables, enfin achevés en 1862 et L’homme qui rit (1869), où Gwynplaine est le symbole monstrueux de l’humanité mutilée. Mais le mouvement de pardon déjà exalté au terme dans les deux poèmes qui ne seront publiés qu’après sa mort (La fin de Satan et Dieu), devint essentiel, allant jusqu’à la générosité de Jean Valjean rendant la liberté à Javert, à l’abnégation de Gilliatt dans Les travailleurs de la mer (1866).
Le 5 septembre 1870 après la proclamation de la République, Hugo rentre à Paris. Placé au.dessus de la mêlée par sa longue absence et par son immense prestige, il lutte pour l’amnistie politique, s’oppose à la dissolution de la chambre demandàée en mai1877 par le président Mac-Mahon et prend toujours la défense des faibles contre les oppresseurs. L’immense vieux, comme le nomma Flaubert, est mort en 1885. On lui fait de grandioses funérailles nationales qui on frappé l’imagination des jeunes gens.
Alfred de Vigny (1797-1863)
Le poète lui- même distinguait dans sa vie trois étapes: le temps de son éducation, le temps de sa carrière militaire et l’époque philosophique. Vigny est né dans une famille d’ancienne noblesse et tradition militaire. Sous-lieutenant des mousquetaire rouges en 1814 il participe à la fuite de Louis XVIII lors du retour de Napoléon. La vie monotone du garnison et la rencontre de Victor Hugo poussent le jeune officier à occuper par la littérature ses loisirs forcés. En 1822 paraît un mince receuil de poèmes, en 1825 il épouse une Anglaise et se fait mettre en congé. Le travail littéraire lui permet de publier en 1826 un roman historique, Cinq-Mars, et la première édition des Poèmes antiques et modernes. Saint-Mars relate une conjuration ourdie contre le cardinal de Richelieu. Vigny y voyait le comencement d’une suite de romans historiques qui serait comme l’épopée de la noblesse.
Cinq-Mars. Partant rejoindre Louis XIII au siège de Perpignan, le jeune Henri d’Effiat, marquis de Cinq-Mars, vient faire ses adieux à sa famille et jurer à la princesse Marie de Gonzague qu’elle sera à lui, sinon, dit-il, “ma tête tombera sur l’échafaud”. En passant par Loudun, il apprend que son ami l’abbé Quillet est inculpé dans une affaire de magie par M.de Laubardemont, un fidèle de Richelieu. Cinq-Mars, au cours d’un procès houleux, accuse le magistrat de scélératesse. Pendant ce temps, à Narbonne, Richelieu, sentant le roi devenir independent, rédige le 11 commandements des devoirs du prince à l’égard de son Premier-ministre. Puis il vient rejoindre Louis XIII au moment où Cinq-Mars le brave en servant de témoin, avec son ami de Thou, dans un duel. Au cours du siege, les deux nobles sont remarqués par le roi. Prenant ombrage de ce success, Richelieu fait espionner Cinq-Mars par le Père Joseph. Trois ans se sont écoulés: Cinq-Mars est devenu écuyer du roi. Les émeutes se multiplient Durant cette période entre partisans de la famille royale et amis de Richelieu. Une nuit, Marie de Gonzague révèle à la reine qu’elle est fiancée à Cinq-Mars, puis lui arrpend plus tard que les ennemis du cardinal se trouvent réunis dans sa chambre. On demandera l’aide espagnole contre le ministre. Mais ce dernier reprend son ascendant sur le roi, tandis que la reine abandonne le complot pour ne pas faire appel aux étrangers. De son côté, Marie hésite à se marier avec Cinq-Mars. Le complot est découvert: déçu, Cinq-Mars qui avait tout entrepris par amour, se rend au roi. Il est exécuté avec son ami de Thou après avoir refusé les offres de trahison de Richelieu proposées par le Père Joseph.
Les Poèmes antiques et modernes contiennent quelques-uns des plus significatifs poèmes de Vigny (Moïse, Eloa). Les poèmes sont disposés en 3 rubriques: Le livre mystique, Le Livre antique, Le Livre moderne. La manière et les thèmes essentiels de la poésie de Vigny sont contenus dans les plus grands poèmes du recueil: solitude du génie, force de l’amour, misère de l’humanité soumise à une divinité aveugle et cruelle.
A partir de 1827 Vigny se tourne vers l’expression dramatique. C’est l’époque où le romantiyme veut conquérir le théâtre, c’est aussi le début de sa liaison avec l’actrice Marie Dorval. Il adapte Shakespeare en alexandrins: Roméo et Juliette (1828), Le More de Venise (1829), Shylock. Il écrit un drame en prose, La Maréchale d’Ancre (1835) et en 1835 il obtient le succès avec son drame Chatterton joué à la Comédie Française. En trois actes de prose, l’auteur illustre la destinée d’un poète solitaire, rebuté par une société matérialiste qui l’accule au suicide.
Chatterton . Dans l’acte I Jonh Bell, riche industriel sans pitié pour ses ouvriers, époux grossier et tyrannique de la mélancolique Kitty. Chatterton a loué chez lui une chambre: il dévoile à son ami Quaker ses sentiments de poète ambitieux et idéaliste, persécuté par la société.
Pendant l’acte II, d’anciens compagnons de Chatterton révèlent ses origines et ses occupations de poète, non sans faire d’insolentes allusions à une possible intimité du jeune homme et de la femme de Jonh Bell. Celle-ci avoue au Quaker que Chatterton l’émeut, mais le vieillard lui dépeint le trouble du jeune homme “atteint d’une maladie terrible qui se saisit surtout des âmes jeunes, ardentes, et toutes neuves à la vie, éprises de l’amour du juste et du beau, et venant dans le monde pour y rencontrer, à chaque pas totes les iniquités et toutes les laideurs d’une société mal construite”.
L’acte III présente d’abord Chatterton dans sa chambre où il écrit en maudissant sa misère. Alors qu’il se dispose à s’empoisonner en buvant de l’opium, le vieux Quaker arrive et lui révèle l’amour de Kitty Bell. Chatterton apprend qu’on l’accuse d’ être un faussaire qui n’a écrit qu’en plagiant une oeuvre médiévale et que le lord-maire qui devait le secourir lui offre une place de valet. Il boit alors le poison et meurt en avouant son amour à Kitty.
Ce réquisitoire contre la société matérialiste, Vigny l’avait déjà prononcé en 1830 dans Stello. Dans ce roman le docteur Noir, afin de guérir Stello de son mal poétique, conte les histoires lamentables et exemplaires de Gilbert, de Chatterton, de Chénier, tous trois victimes de sociétés différentes (monarchie, monarchie constitutionnelle, Etat révolutionnaire) qui ont combattu leur génie. La consultation se termine par une véritable “ordonnance” qui prescrit les voies d’un possible salut: “Séparer la vie poétique de la vie politique… seul et libre accomplir sa mission … la solitude est sainte”.
Après avoir plaint la condition du poète, Vigny s’est penché sur le sort d’un “autre paria moderne”: le soldat. Servitude et grandeur militaires (1835) contient trois nouvelles inspirées de l’expérience militaire de l’auteur, où est exaltée la vertu chère à Vigny, l’honneur conçu comme une anti-fatalité, une liberté et une énergie supérieures qui permettent à l’homme de se sauvegarder par le renoncement.
Après la mort de sa mère et la rupture avec Marie Dorval Vigny noue de nombreuses amitiés amoureuses, et en 1845 est élu à l’Académie française.Les dernières 25 années de sa vie il a passé dans la “sainte solitude”. La production ultime et meilleure de Vigny est présentée par le recueil sous le titre Les Destinées et le sous-titre Poèmes philosophiques. Les thèmes de la tyrannie, de la colonisation, du parlementarisme, de la guerre des sexes (La colère de Samson), de l’inégalité des conditions, voisinent avec des méditations plus générales sur le courage solitaire (La mort du loup), le silence de la divinité (le mont des Oliviers), la confiance dans l’éternité de l’esprit (La bouteille à la mer), hymne à l’amour et à la poésie (La maison du berger).
Alfred de Musset (1810-1857)
Musset occupe dans la littérature de son temps une place difficile à définir: délivré de toute préoccupation scénique, il écrivit le théâtre le plus vivant de l’époque romantique et calqua sa poésie sur sa propre vie, ignorant le bouillonnement du siécle dont ses pairs se faisaient l’écho.
Issu d’une famille de petite noblesse, Alfred de Musset, après de brillantesétides secondaires au collége Henri IV, est introduit à l’âge de 17 ans dans la “boutique romantique”. Là sa galanterie et son esprit font merveille. Peu de temps après il publie les Contes d’Espagne et d’Italie (1830). Très vite il se détache de ses premiers amis et l’échec de sa première pièce La nuit vénitienne achève d0en faire un isolé. Maldré son écoeurement devant l’attitude du public, il publie Un spectacle dans un fauteuil, recueil d’oeuvres dramatiques, destinées à la lecture, puis, toujours dans le cadre de son théâtre imaginaire, André del Sarto et Les caprices de Marianne (1833). La même année il se lie avec George Sand: trois années de passions et d’orages, s’achevant sur l’épisode vénitien, au cours duquel sa maîtresse l’abandonne pour suivre le médecin qui le soignait, vont marquer la sensibilité du poète. De ces “années de dur martyre” naissent Rolla (1833), long poème autobiographique, Fantasio (1833) et On ne badine pas avec l’amour (1834), le chef-d’oeuvre dramatique de Musset avec Lorenzaccio (1834).
Déçu et meurtri, Musset se tourne de nouveau vers la vie de plaisir (liaisons avec Mme Jaubert, Aimée d’Alton, la tragédienne Rachel…) et consacre son temps à exprimer son lyrisme personnel en prose (La confession d’un enfant du siècle, 1836) ou en vers (Les nuits, 1835-1837). Il poursuit son oeuvre dramatique avec quelques “comédies et proverbes”. Du dernier échec sentimental avec la princesse Belgiojosona naît le Poète déchu et Tristesse. Pourtant son théâtre sort de l’ombre, Un caprice remporte un grand succès en 1847 et sa situation s’améliore par l’obtention d’une charge de bibliothécaire. Mais sa santé était déjà trop usée par les multiples dérèglement de sa vie.
Musset n’a jamais lancé de manifeste comparable à ceux de Vigny ou de Hugo, mais il a exprimé ses conceptions dramatiques. S’il parle de Racine et de Shakespeare, ce n’est pas comme Stendhal pour les opposer, mais pour tenter une conciliation. Ainsi naît un théâtre doublement original: destiné à la lecture, il se construit en dehors de toute préoccupation scénique. Composé à l’écart des théories, il échappe à la rhétorique classique come à l’emphase romantique. Mais ses drames expriment toujours les sentiments personnels. Ainsi, On ne badine pas avec l’amour tient étroitement à la vie du poète, à la crise qui a brisé sa liaison avec George Sand.
Devenu docteur, Perdican revient au château familial où il retrouve sa cousine Camille: son empressement ne rencontre que froideur chez la jeune fille. Déçu, le jeune homme ébauche une aventure avec Rosette, la soeur de lait de Camille. Cette dernière confie d’ailleurs à Perdican qu’elle va prendre la voile. Apparemment indifférent, Perdican poursuit sa cour auprès de Rosette. Toutefois, après avoir découvert une lettre adressée par Camille à une religieuse, Perdican décide de rendre sa cousine jalouse en épousant Rosette. Tout à tour chacun des deux jeunes gens essaye de faire plier l’autre, jusqu’au moment où s’avouant leur amour, ils provoquent la mort de Rosette qui assistait cachée à l’entretien. Dorénavant cette mort les sépare à jamais.
De la pièce Lorenzaccio “la seule shakespearienne de notre répertoire” Musset a fait le drame le plus romantique au sens où l’entendait Stendhal: un “drame historique” morcelé dans son déroulement. En multipliant les scènes et les personnages, Musset collait à la réalité historique un niveau fragmentaire de la vie sociale. Musset passe du drame historique au drame moral.
Le crime et la débauche règnent dans Florence qu’opprime le duc Alexandre de Médicis. Son cousin Lorenzo, au prix de multiples corruptions, a gagné la confiance du tyran qu’il souhaite assassiner. A la suite d’une ruse Lorenzo attire le duc dans un guet-appens et le tue. Un nouveau duc ayant été nommé, il se réfigie à Venise car sa tête est mise à prix c’est là qu’il tombe sous les coups d’un meurtrier.
Parallèlement à cette intrigue principale se déroulent deux autres actiions qui entremêlent leurs fils avec la première: la chute de la marquise Cibo et la révolte des Strozzi.
Poète, Musset l’était consciemment, tout autant dans la prose que dans ses oeuvres versifiées. Si on compare Rolla, le long poème de 784 vers et son roman autobiographique, il devient évident que tous les deux traduisent la même angoisse devant le vide: absence de croyance religieuse, manque d’amour. Le drame de Rolla est le même que celui de René: il a ses racines dans ce “siècle sans espoir” qui n’a plus de foi en la religion traditionnelle. Le mal du héros est celui de toute l’époque: chacun ressent “le vide de son existence et la pauvreté de ses mains». L'insouciance, la débauche et l'incroyance pervertissent l'”enfant du siècle”.
George Sand (1804-1876) est le pseudonyme d'Aurore Dupin, qui après être devenue par son mariage la baronne Dudevant, connut la célébrité non seulement par ses liaisons avec Musset, Chopin et d'autres, mais aussi par la diffusion de «l'évangile socialiste» de Pierre Leroux et par un certain rôle politique joué pendant les journées de juin 1848. On divise l'inspiration de George Sand en quatre moments dominés par un thème majeure:
-1832-1837, romantisme sentimental: Indiana, Lélia, Mauprat
- 1838-1845, socialisme mystique: Spiridon, Horace, Consuelo, Le meunier d’Angibault
- 1846- 1853, vocation rustique: La Mare au Diable, François le Champi, La petite Fadette, Les Maîtres-sonneurs.
- 1854-1868, retour au romanesque: Jean de la Roche
S’il faut trouver un unité dans l’oeuvre de George Sand, c’est plutôt dans le sentiment, l’amour en partuculier, qu’il faut la chercher. Le désir du bien et du bon explique le passage du récit personnel au roman mystico-socialiste de la fraternité humaine (mariage de la noble Yseult de Villepreux avec le menuisier Pierre Huguenin) dans le Compagnon du tour de France (1841). C’est la source de ce qu’on appelle l’idéalisme de Sand par opposition du réalisme de Balzac : à l’imagination du romancier qui sonde «les scélerats à effet dramatique» elle préfère la recherche de « la vérité idéale» qui révèle l’homme dans sa grandeur.
Malgré d’incostestables qualités narratives et une grande fécondité d’imagination, le style de George Sand demeure entaché d’un didactisme gênant pou le lecteur moderne.
Le développement de la presse à bon marché dans la première moitié du XIX siècle a fait naître un nouveau genre: le roman-feuilleton. Exception faite de plusieurs chefs-d’oeuvre de Balzac (en 1832 son roman La vieille fille fut le premier publié dans un quotidien), il s’agît dans l’ensemble d’une véritable écriture industrielle, soucieuse avant tout de ravir (aux deux sens du terme: plaire et violer) la sensibilité du lecteur dans ce qu’elle a de plus superficiel. Les deux grands pôles d’attraction du feuilleton, outre les «ghosts-stories» héritées d’Angleterre. Les «ghosts-stories» sont des récits de fantômes au ton noir et fantastique.Leur vogue fut grande à la fin du XVIII s.en Angleterre (Lewis: Le moine, Anne Radcliffe: Les mystères d’Udolphe, Walpole: Le château d’Otrante). En France ce sont les récits de cape et d’épée et les fresques populistes, sous-genre des romans historiques et sociaux. De très médiocre qualité littéraire, faisant appel à de nombreuses et maladroites ficelles que seule l’imagination des créateurs pouvait faire passer, les roman-feuilletons firent la fortune de Paul Féval (Le bossu, 1858), de Frédéric Soulié (Les mémoires du Diable, 1837-1838) et surtout d’Alexandre Dumas et Eugène Sue. Les romans de Sue ne sont plus guère prisés du public en raison de leur actualitè trop restreinte. En revanche, les longs récits de Dumas sont tojours appréciés par un public épris de merveilleux historique.
Outre les drames, Alexandre Dumas (1802-1870)a laissé 257 volumes de romans. Aidé de l’historien Maquet, il a, de 1844 à 1852, cherché à romancer l’histoire de France de Louis XIII (Les trois mousquetaires) à la Restauration (Le comte de Monte-Cristo). Faisant fi de la vérité historique, il construit à partir d’une trame touffu ou l’intrigue ne le cède en rien au rythme des aventures ni à la somptueuse coloration de l’époque reconstituée.
C’est le coeur même de son époque qu’ Eugène Sue (1804-1857) choisit pour le cadre de ses romans qui prétendent, sous le couvert d’une intrigue sordide, poser et éclairer les problèmes sociaux. Les mystères de Paris (1842) et LeJuif errant (1844-1845) sont très schématiques: il y a les bons et les mauvais, les pauvres et les riches, les quartiers bourgeois éclairés et les sombres ruelles populaires avec leurs bouges fréquentés par la pègre. Cette sommaire opposition symbolique de la lumière et du noir, transcrite en un style très insuffisant, apportait à un public friand de sensations un horizon différent de l’atmosphère subtile des récits d’analyse.
Prosper Mérimée (1803-1870). En 1825 il publie le Théâtre de Clara Gazul (nom de comédienne espagnole à laquelle il attribue l’ouvrage), cette mysification littéraire fait de lui, dans l’ordre chronologique, le premier dramaturge romantique. Puis, avec la Chronique du règne de Charles IX (1829), il sacrifie au goût naissant pout le roman historique, mais il differencie déjà de ses contemporains en préférant les “petits faits révélateurs des moeurs et des caractères d’une époque” aux fresques organisées d’un Vigny ou d’un Balzac. L’intrigue disparaît au profit d’une succession de scènes sans lien apparent. Ce besoin de fractionnement laisse prévoir la prédilection de l’écrivain pour la nouvelle.
Avec Matéo Falcone (1829, l’honneur et l’hospitalité), s’ouvre la série des grandes nouvelles – La Vénus d’Ille (1837, un crime peut-être commis par la statue), Colomba (1840, la passionnaria de la vendetta), Carmen (1845, amour, deshonneur et mort en Andalousie), Lokis (1869, la nuit des noces anthropophagique d’un homme-ours), – dans lesquelles , rompant avec la tradition romantique, l’auteur se sépare de sa création. Allant plus loin que Stendhal dans son ironie, Mérimée laisse en quelque sorte les protagonistes de ses nouvelles libres d’agir à leur guise pour mieux les juger dans le dialogue indirect qu’il entretienr avec le lecteur. Parfois l’ironie va même jusqu’à la demystification du romantisme. Spectateur de son roman, il scrute le détail pittoresque qui fait la couleur locale, le transcrit dans une prose légère. Ainsi il unit la sobriété classique et la perception réaliste dans des récits romantiques par le ton et l’agencement dramatique.
LA LITTERATURE DU XIX SIECLE
Le réalisme de la première moitié du XIX siècle
En 1823 et en 1825 ont paru les deux Racine et Shakespaere de Stendhal. Loin d’être, comme l’ont cru nombre de critiques, le manifeste d’une école, les deux pamphlets sont l’expression du sentiment d’un homme isolé.
Isolé politiquement: alors que tous les nouveaux écrivains tentent de concilier le réformisme littéraire et le conservatisme politique, Stendhal, influencé par les exemples italiens, juge que l’expression artistique est complémentaire de l’attitude politique.
Isolé esthétiquement: au moment où la France s’engoue par les romans de Walter Scott, Stendhal dénonce le “bric-à-brac” qui tient lieu au romancier écossais d’univers romanesque. De même, alors que le vers est l’instrument privilégié de Hugo, Vigny et d’autre romantiques, Stendhal déclare que “de nos jours, le vers alexandrin n’est plus souvent qu’un cache-sottise” et que le genre moderne, correspondant au temps – est la prose.
Isolé philosophiquement enfin: alors que le théâtre paraît devoir être un lieu de combat isolé, Stendhal, à l’image de Mme de Staël, montre l’influence des conditions sociales sur le goût qui “examine l’état moral du pays et de l’époque, les préjugés répandus, les opinions en vogue, les passions régnantes”.
L’ouvrage de Stendhal n’a rien de comparable avec les manifestes postérieurs. L’auteur n’écrit pas pour prendre la tête d’un mouvement (il renonce d’ailleurs au terme de romantisme pour lui substituer l’appellation italienne de “romanticisme”), mais s’attache à montrer que seule compte en définitive la sincérité sur laquelle se fonde l’illusion parfaite. A Racine, attaché aux canons traditionnels d’un art poétique, il faut préférer le théâtre shakespearien, libre, naturel et passionné.
Le premier, en effet, Stendhal a renversé les termes du roman, le monde n’apparaît plus comme un objet figé, mais se trouve, analysé, passé au filtre d’une conscience dont le récit se fait l’écho. Cette omniprésence du narrateur derrière ses héros et dans son écriture explique l’incompréhension presque générale du XIX siècle devat la modernité du roman stendhalien: “recherche” au sans proustien du terme, l’oeuvre, au lieu de se replier sur elle-même, s’élargit en un art de vivre “des âmes élevées”.
Stendhal, pseudonyme d’Henri Beyle (1783-1842), issu d’une famille grenobloise, élevé par son grand-père, attaché aux idées libérales du XVIII s., et par sa grande-tante, à laquelle il doit son “espagnolisme” généreux. L’Ecole Centrale de Grenoble devait mener à la Polytechnique, mais, une fois à Paris, il renonce au concours. Son cousin pierre Daru le fait nommer sous-lieutenant, et il entre en Italie, à 18 ans, avec les troupes françaises. Après cinq ou six mois la vie militaire lui pèse. Du 1802 à 1806 il vit à Paris dans une mansarde, suit une jeune actrice à Marseille; mais surtout il forme des projets littéraires (faire des comédies comme Molière et vivre avec une actrice) et s’impreigne des idéologues, Destut de Tracy et Cabanis.
Il reprend du service en 1806 et ne quittera l’armée qu’à la chute de l’Empire. Il suit les campagnes d’Autrichem de Russie, de Saxe, du Dauphiné.
Mis en demi-solde au retour des Bourbons, il se fixe à Milan, qui va devenir sa patrie d’élection. C’est le temps des passions pour Angéla Pietragrua et Métilde Dembowski, des soirées à La Scala, des conversations avec des romantiques italiens.Il écrit ses Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, publiés en 1814, qui relèvent de la compilation et parfois du plagiat. Dans Rome, Naples et Florence (1817) publié pour la première fois sous le pseudomnyme de Stendhal, il célèbre le bonhezr de vivre en Italie.
La police autrichienne le soupçonne de carbonarisme: la mort dans l’âme il quitte Milan en 1821 pour mener à Paris une vue d’élégant diletttante. Lié avec Delacroix, Courier, Mérimée, il fait briller son esprit dans les salons. Plus spirituel que sympatique, il a “une manière cruelle de dire les choses”. Il publie dans la différence générale plusieurs essais: De l’amour (1822), Racine et Shakespeare (1823-1825), La vie de Rossini (1823), Promenades dans Rome (1829) et son premier roman Armance (1829). Les journées de juillet (1830) apportent à Beyle un poste de consul à Trieste. Il fait publier avant son départ Le rouge et noir. Le livre déconcerte la critique plus qu’il ne la conquiert. De nouveau suspect à la police autrichienne, Beyle est envoyé à Civitavecchia, dans le Etats pontificaux. Il abandonne un roman aurobiographique Lucien Leuwen, entreprend le récit de son dernier séjour parisien (Souvenirs d’égotisme) et de son enfance (Vie de Henri Brulars).
Du congé obtenu en 1836, il tire profit pour voyager en France (Mémoires d’un touriste, 1838), écrire un roman (La chartreuese de Parme, 1839) et des Chroniques italiennes, “récits d’aventures tragiques” tirés de textes de la Renaissance.
Après un nouveau séjour à Civitavecchia, il meurt d’une attaque d’apoplexie en 1842, laissant en chantier un dernier roman, Lamiel. A partir de 1888, on publie les manuscrits conservés à la bibliothèque de Grenoble: le Journal, Lamiel, la Vie de Henri Brulard, Lettres intimes, Souvenirs d’égotisme, Lucien Leuwen, Napoléon.
Armance, composée trois ans avant Le rouge et le noir, n’est pas seulement le roman de malentendu sentimental, lié à l’impuissance du héros; au-delà du “détail curieux” on y trouve “ une nouvelle vue sur l’ensemble des choses”. C’est cependant l’histoire de Julien Sorel qui s’impose comme un incontestable chef-d’oeuvre.
Le rouge et le noir I. Dans une petite ville franc-comptoise de Verrières que déchirent les passions politiques, le maire, M.de Rênal, choisi pour précepteur le fils d’un rude scieur, Julien Sorel. Dévoré d’ambition, d’une intelligence remarquable, Julien fair tache dans li milieu familial. Très rapidement, il sympathise avec la pure Mme de Rênal, que ronge l’ennui; il devient son amant et s’initie à la vie mondaine de province. Prévenu de ses infortunes et gêné par les bruits qui courent, M. de Rênal se sépare de Julien. Celui-ci gagne le séminaire de Besançon et s’évanouit devant l’accueil froid de l’abbé Picard. Par la suite, il se lie d’amitié avec son supérieur, suscitant la haine de ses condisciples. Mais les manoeuvres politiques de la Congrégation obligent l’abbé Picard à démissioner; soutenu par le puissant marquis de la Mole, il obtient une cure prés de Paris et place Julien comme secrétaire du marquis. Avant de gagner Paris, Julien fait une derniére visite nocturne à Mme de Rênal au risque, évité de peu, de se faire surprendre.
II. Au contact du salon de la Mole, Julien fait sa véritable “entrée dans le monde”, Estimé de son protecteur, il suscite la curiosité admirative de Mathilde, la fille du marquis. Par goût du scandale, mais aussi par ferveur pour “l’individualité originale” de Julien, elle décide de s’en faire aimer. Par orgueil, elle s’amuse à flatter l’amour-propre de son amant qui, à son tour, adopte une attitude donjuanesque. Leur mariage devenant inévitable, le marquis fait anoblir Julien, mais à une demande de renseignement de M.de la Mole, Mme de Rênal, poussée par son confesseur, dénonce en Julien un arriviste sans scrupule. Sorel se rend aussitôt à Verrières et blesse en pleine messe son ancienne maîtresse. Arrêté, il attend deux mois son jugement, mais “fatigué d’héroïsme, il reste indifférent aux démarches de Mathilde et Mme de Rênal pour le sauver. Au cours de son procès, bravant ses juges, il revendique la préméditation. Condamné à mort, il est guillotiné après avoir connu dans sa cellule quelques rares moments de bonheur intime avec Mme de Rênal.
Le roman porte le sous-titre “Chronique de 1830”. Stendhal va au-delà de la méthode pointiliste du “petit fait vrai”. Autant que dans le tempérament de Julien, la dynamique du roman réside dans le phénomène objectif de l’ascension sociale et de ses obstacles. Le héros fait partie de cette classe de jeunes gens qui, nés dans un ordre inférieur, et en quelques sortes opprimés par la pauvreté, ont le bonheur de se procurer une bonne éducation, et l’audace de se mêler à ce que l’orgueil des gens riches appelle la société. L’initiation qu’il reçoit aux basses manoeuvres de la politique locale, à l’influence occulte de la Congrégation (organisation qui, sous le couvert de la religion, entretenait des desseins politiques), aux complots de la haute noblesse, situe le personnage dans une société instable, en proie à l’incertitude quant à son avenir.
Les personnages ne sont pas donnés à priori, ils se font dans le combat: pas de portraits, mais les points de vue successifs et changeants des uns sur les autres. Les duex héroïnes, en particulier, ne se définissent que par rapport à Julien, plus exactement, elles s’opposent: Verrières et Mme de Rênal, c’est le monde de l’apprentissage candide, de la sensibilité juvénile du héros; Mathilde, au contraire, et la haute société parisienne, sont liés à la part ambitieuse de son moi, à son goût de l’apparence flatteuse. Les deux femmes sont le symbole de la violente contradiction qui déchire Julien: d’une part, il met une intelligence brillante, une énérgie, voire une fougue passionnée à conquérir la haute position qu’il juge lui être due; d’autre part, cette âme sensible s’abandonne parfois à un idéal de bonheur calme et pur, éloigné du monde et de ses vanités. Au dénouement, l’ambition et l’énergie soudain bafouées trouvent un exutoire dans la vengeance, puis, quand tout est consommé, Julien redevient fidéle à l’autre partie de son moi et meurt dans la sérénité.
La composition du roman n’est pas calculée, l’action se déroule au rythme d’un durée linéaire. L’unité profonde de l’oeuvre réside dans “les restrictions de champs”. Le romancier installe le lecteur dans l’âme même de Julien, le personnage cesse d’être un pantin dont le romancier tire les ficelles et connaît d’avance la destinée.
Le héros de La chartreuse de Parme n’est plus déerminé par la situation sociale et politique. Si Fabrice, comme Julien, est soumis aix contingeances de la vie en société, il consèrve, dans son exigence de bonheur individuel,, une autonomie souveraine.
La chartreuse de Parme . – Milan 1796: les troupes françaises font leur entrée dans la ville; le peuple est en liesse. Le jeune Fabrice del Dongo, issu d’une noble famille, est fasciné par la fugure de Napoléon. Il finit par rejoindre les troupes françaises eb déroute et assiste par hasard, sans rien y comprendre, à la bataille de Waterloo. Devenu suspect à son retour, il use du crédit de sa tante, la duchesse Sanseverina, pour se faire admettre à Parme. Il gagne aussi l’appui du compte Mosca, Premier-ministre du tyranneau qui règne sur la principauté, Esrnest-Ranuce IV. Mais Fabrice devient le principal cible des ennemis de Mosca; à la suite d’une rixe mortelle avec le comédien Giletti, ils font interner le jeune homme dans la sinistre tour Farnèse. En entrant dans la prison, il croise le regard le Clélia Conti, la fille de son geôlier. Malgré les rigeurs de la captivité, les deux jeunes gens parviennent à s’exprimer leur amour. Cepebdant, la Sanseverina s’ingénie à faire évader son protégé, en dépit des réticences de Fabrice, qui refuse de s’éloigner de Clelia. Une brève révolution renverse le tyran de Parme. Mosca et Sanseverina ont plus de crédit que jamias; Fabrice est nommé coadjutor de l’évêque. En cachette, il revoit Clélia, devenue entre-temps la marquise Crescenzi. Il enlève Sandrino, un fils qu’il a eu d’elle, mais l’enfant meurt bientôt; Clélie ne lui survit pas. Fabrice se retire à la chartreuse de Parme, où il meurt peu après.
L’exaltation napoléonienne des Milanais ou du jeune Fabrice, la proscription du bandit révolutionnaire Ferrante Palla, la captivité du héros accusent le contraste entre l’Italie heureuse et l’Italie politiquement asservie. Si le roman est loin d’ être un pamphlet politique, si par rapport au Rouge et et le noir, la satire semble mitigée d’humour, la principauté de Parme offre en réduction un tableau complet des luttes d’influences, des hypocrisies courtisanes de l’Etat policier.
Fabrice, en effet, ets inaccessible au malheur; courageux, beau, intelligent, il vit d’action plus que de réflexion, d’émotion plus que d’interrogation de soi- même Personnage séduisant, objet, comme l’était Julien, de la rivalité de deux femmes.
L’oeuvre frappe par sa modenité. Elle soulève des problèmes qu’aujourd’hui toute une école de romanciers tend à resoudre, ou, plus exactement, à abolir.
Honoré de Balzac (1799-1850). Né à Tours dans une famille de petite bourgeoisie provinciale, le jeune Balzac passe six pénibles années au collège de Vendôme, puis poursuit ses études de droit à Paris. Pendant deux an clerc avoué, puis de notaire, il se détourne de la carrière juridique et se tourne vers les lettres, rédige des ébauches romanesques, achève une tragédie (Cromwell, 1820) et publie sous divers pseudonymes des récits d’inspiration historique, fantastique ou comique.
En 1822 il se lie avec Laure de Berny, deux fois plus âgée que lui, qui sera son initiatrice dans la vie. Grâce à son soutien il peut acheter une petite imprimerie en 1826, mais doit la céder deux ans plus tard dans des conditions désastreuses.
En 1829 enfin, il publie sous son propre nom Le dernier Chouan (qui deviendra plis tard Les chouans). Révélé au public, il peut désormais se consacrer au métier d’écrivain. Il donne deux séries de Scènes de la vie privée, ainsi que des romans philosophiques comme La peau de chagrin. Déjà manifeste dans certaines des Scènes de la vie privée (Gobseck), la maîtrise s’affirme avec Eugénie Grandet (1833) et surtout Le Père Goriot (1835), où, pour la première fois réapparaissent des personnages déjà rencontrés dans des romans antérieurs. Les oeuvres se multipliant, Balzac envisage, dès 1834, de les regrouper en un “monde complet”: en 1841 il arrête le titre de La comédie humaine.
Harassé de travail, déçu dans ses tentatives dramatiques et dans certaines de ses aspirations sentimentales, Balzac trouve auprès d’une “amie” polonaise le grand réconfort de sa vie. Lorsqu’il peut enfin épouser Mme Hanska, il n’a plus que quelques mois à vivre. Le 21 août 1850, il est salué par Victor Hugo dans un vibrant éloge mortuaire, comme l’un des génies les plus puissants du monde moderne.
Avant de signer une oeuvre de son propre nom, Balzac a écrit 7 ou huit romans – des exercices romanesques plutôt: péripéties invraisemblables dans le goût du “roman noir” anglais (La dernière fée), fascinantes figures à la Byron (Le vicaire des Ardennes), tableau historiques à la manière de Walter Scott (Clotilde de Lusignan).
De 1829 à 1843 Balzac prend progressivement ses distances à l’égard de ses devanciers. Avec Les chouans il écrit un roman historique déjà orienté vers l’étude sociale. Le roman fait apparaître des types chers à Walter Scott, mais c’est d’une façon absolument originale que Balzac mêle l’amour à l’Histoire. Le romancier inaugure en même temps la structure tripartite qui caractérisera son récit: exposition lente, tension progressive par convergence d’éléments, précipitation du drame.
Avec La peau de chagrin (1831), que précèdent et suivent deivers contes et romans philosophiques, Balzac propose le contre-point des Scènes de la vie privée: à la description des moeurs s’ajoute l’explication de la destinée. Tous les héros de ces récits sont en quête d’un idéal – mystique (Louis Lambert, Séraphita), esthétique (Le chef-d’oeuvre inconnu) ou scientifique (La recherche de l’absolu) – qui entretient en eux une flamme illuminant leur vie, mais consumant leur existence.
La peau de chagrin. – En 1830 à Paris, Raphaël de Valentin se ruine au jeu. Il veut se suicider quand, entrant chez un anticiare, il reçoit une peau de chagrin magique liée à la vie de son propriétaire: capable de réaliser tous les désirs qu’il formule, elle rétrécit à chaque souhait exaucé, réduisant d’autant la vie de son possesseur. En sortant, Raphaël est entraîné par des amis dans un banquet, Au cours de l’orgie il raconte à un compagnon ce qu’ont été sa vie passée, ses amours avec la cruelle comtesse Foedora, sa tendre affection pour la pure Pauline. Son récit terminé, Raphaël souhaite redevenir riche: voeu aussitôt accompli, tandis que la peau s’est réduite. Peu après il retrouve Pauline et vit heureux en sa compagnie, mais à chaque désir le talisman se contracte. Rien ne peut s’y opposer: ni l’abandon, ni la science, ni l’isolement. La santé de Raphaël s’altère, la peau diminue jusqu’à disparaître avec la dernière volonté du héros.
En 1833, la maîtrise de Balzac s’affirme dans Eugénie Grandet: analyse détaillée d’un milieu, emprise d’une passion dévorante, description munitieuse des décors, stylisation des portraits, tension contenue de l’action qui parfois éclate avec violence.
Eugénie Grandet.– A Saumur, de 1819à 1833, vit la famille Grandet: le père, après avoir commencé à s’enrichir sous la Révolution, mène une vie recluse d’avare dasn laquelle il enferme sa femme, sa servante Nanon et sa fille Eugénie. Celle-ci, riche héritière, est convoitée par les familles Cruchot et Des Grassins, mais demeure indifférente aux prétendants. Arrive son cousin Charles, jeune dandy parisien, ruiné par la faillite de son père. Eugénie se sent attirée par le nouveau-venu; sa personnalité s’affirme en même temps que son coeur découvre l’amour. Tandis que son père manoeuvre pour racheter les créances de son frère, elle offre à son cousin son or pour qu’il puisse partir rétablir sa fortune en Inde: les deux jeunes gens se jurent fidélité pour toujours. Le jour de l’an suivant Grandet reproche violemment à sa fille d’avoir donné son argent; il la séquestre, mais doit bientôt assouplir son attitude pour obtenir d’Eugénie qu’elle renonce à sa part d’héritage maternel. Cinq ans plus tard l’avare meurt à son tour en contemplant fièvreusement ses écus. Peu après, Eugénie reçoit une lettre de Charles qui, fortune faite, a épousé par intérêt une aristocrate. Déçue, Eugénie se résigne à épouser le président Cruchot, mais bientôt veuve, elle consacre sa fortune aux oeuvres de charité, “marchant au ciel accompagnée d’un cortège de bienfaits”.
Comme tant d’autres romans balzaciens futurs, Eugénie Grandet mêle à l’intrigue le récit des moeurs privinciales et l’aventure des caractères. Dès ce moment, Balzac songe à élargir son projet en regroupant ses romans en Etudes de moeurs au XIX siècle et en Etudes philosophiques, les unes peignant la “société dans tous ses effets”, les autres “constatant les choses”. Enfin, l’écrivain prévoit des Etudes analytiques qui “creuseront les principes”, mais le projet ne sera qu’esquissé. L’idée centrale était donc née: il ne restait plus qu’à trouver, au niveau du récit, un lien entre les diverses “scènes”.
La conception de “tout un monde fictif” une fois adoptée, il fallait encore lui “donner la vie et le mouvement”. Pour cela Balzac a eu “l’idée de génie” d’appliquer le retour systématique des personnages. Ainsi s’explique la place privilégié du Père Goriot dans l’ensemble de l’oeuvre.
Le Père Goriot. – A Paris, en 1919, vivent dans la triste pension Vauquer une vieille demoiselle en retraite (Mlle Michonneau), une jeune orpheline (Victorine Taillefer), un jeune étudiant ambitieux (Eugène de Rastignac), un énigmatique gaillard (Vautrin) et un vieillard miné par un mystérieux chagrin (Goriot). Rastignac est intrigué par les retours nocturnes de Vautrin et par les visites que reçoit Goriot. Introduit par sa cousine, Mme de Beauséant, dans les salons parisiens, Eugène découvre peu à peu le secret du Père Goriot: il s’est ruiné pour assurer une vie agréable à ses filles, L’une est devenue comtesse Anastasie de Restaud, l’autre la baronne Delphine de Nucingen: toutes deux, frivoles et egoïstes, ne voient leur père que pour lui extorquer les quelques sous qui lui restent. Pendant ce temps, Vautrin propose à Rastignac d’accélérer son ascension en épousant Victorine Taillefer et en elle l’héritière d’une grosse fortune: lui- même, moyennant compensation, s’offre à supprimer le frère de Victorine. Bien que séduit, Rastignac refuse, préférant tenter sa chance auprès de Mme de Nucingen. Vautrin, qui n’est en réalité que le forçat Trompe-la-Mort, est arrêté peu après, dénoncé à la police par Mlle Michonneau.
Apprenant les compromissions de ses filles, Goriot est victime d’une crise d’apoplexie, il agonise en les bénissant, tandis qu’elles sont au bal, indufférentes au drame qui se joue. Il meurt entre les bras de Rastignac, qui suivra seul le convoi funèbre jusqu’à Père-Lachaise. De là, dominant la capitale, Eugène lance un défi à la société: “A nous deux maintenant”.
L’importance de ce roman tient d’une part aux personnages, de l’autre à la structure du récit. Pour la première fois, des héros déjà aperçus dans les romans antérieurs trouvent ici la consécration de leur carrière ou découvrent l’origine de leur fortune (Mme de Beauséant); d’autres reparaîtront (Vautrin); certains enfin, tel Rastignac, commencent leur prodigieuse existence à travers la jungle parisienne. Par le truchement des personnages on passe ainsi sans difficulté du roman sentimental de Goriot au roman d’aventures de Vautrin ou au roman d’éducation de Rastignac. Du Lys dans la vallée (1835) au Cousin Pons (1847), Balzac édifie avec plus de 50 romans un ensemble architectural, auquel il donne en 1842 le titre de La comédie humaine. L’Avant-propos de 1842 prétend que le projet de la Comédie humaine “vint d’une comparaison entre l’Humanité et l’Animalité”, plus précisément de “l’unitl de composition”. Comme l’animal, l’homme est un, mais de même que les différences de milieu ont engendré les espèces, de même la société a secrété les individus: “Il a donc existé, il existera de tout temps des espèces sociales comme il y a des espèces zoologiques”. C’est donc à la manière des naturalistes que l’écrivain a conçu l’étude de base de son “histoire des moeurs”: en analysant la vie parisienne et privinciale de la Révolution à la Monarchie de juillet, Balzac s’est transformé en “archéologue du mobilier social”. Il a surpassé son maître Walter Scott: il s’est attaché à comprendre “la raison du mouvement de la société”.
D’après Balzac, le roman est une oeuvre de construction, un ouvrage “réfléchi, coordonné, combiné”. Balzac prend pour le modéle le théâtre: “un roman est une tragédie ou une comédie écrite”. Mais l’univers romanesque posséde ses impératifs et les impose à l’écrivain. De là le mouvement général du récit balzacien: d’abord statique (dans la présentation) il devient ensuite dynamique (par l’organisation de l’intrigue).
L’exposition n’est plus chez Balzac un simple hors-d’oeuvre: elle fonde l’action dont elle contient les forces encore enchaînées. Parfois dialoguées (César Birotteau), elle se présente plus souvent sous forme d’une longue description (La maison du chat-qui-pelote) où s’exprime l’interdépendance des personnages et de leur milieu: ainsi de l’usurier Gobseck et de sa demeure dont l’écrivain prétend que l’on eut “dit de l’huître et de son rocher”. Partant du plus général (une rue de Saumur dans Eugénie Grandet, la rue Neuve-Sainte-Geneviève dans le Père Goriot), le narrateur réduit progressivement son champ de vision, s’arrêtant à une maison particulière (la demeure Grandet, la Pension Vauquer). Il pénètre alors à l’intérieur, prête attention aux moindres détails, fait du plus petit objet un signe révélateur de la psychologie des personnages. Avant qu’ils aient paru devant nous, les habitants du lieu sont déjà trahis par le décor qui port la marque de leurs goûts, de leurs passions ou de leurs caprices. Lorsqu’ils se montrent enfin, ils s’animent par le jeu des contrastes (Eugénie/le Père Grandet), les retours en arrière qui nous renseignent sur les antécédents et donnent aux héros une assise historique et sociologique, les multiples optiques (ragots, réputations, jugements des proches) qui achèvent de projeter sur les protagonistes des faisceaux de lumière convergents.
Lentement préparée, l’action peut enfin s’engager, éclatant en crises successives: une intrigue (manoeuvres financières, complots, drames) se noue fatalement, dechaînant les passions et soulevant les luttes d’intérêt.
On retrouve dans la Comédie humaine la célèbre distinction des “individualités typisées” et des “types individualisés”, c’est bien là le trait dominant du personnage balzacien. “Molière a fait l’avare, mais j’ai fais l’avarice” ( de son père Grandet).
Aux attaques dont Charles Baudelaire (1821-1867) avait été l’objet de son vivant a succédé, après sa mort, un concert d’éloges. Idole des décadents, maître à penser des symbolistes, salué par Rimbaud comme “le vrai Dieu”, par André Breton comme “le premier surréaliste dans sa morale” par Paul Valéry comme “le plus important” des poètes français, par Pierre-Jean Jouve comme un saint. Cette accumulation d’épithètes et la diversité de leurs auteurs invitent à quelque méfiance: chacun semble faire de Baudelaire le porte-parole de sa foi. Sa vraie place est à la charnière de deux époques – l’Ancien Régime poétique et la l’âge moderne, à la charnipre de deux mondes – le Spleen et l’Idéal.
La première trahison était celle de sa mère qui s’est remariée après la mort de son mari, plus que sexagénaire. En avril 1839 il est renvoyé du collège Louis-le-Grand. Le conseil familial, convoqué par son beau-père, le général Aupick, décide de l’arracher à la bohème parisienne en l’embarquant sur le paquebot-des-mers-du-Sud en partance pour Calcutta. Il n’ira pas au-delà de l’île Maurice et de l’île Bourbon (la Réunion). A son retour il est majeur et il s’exclut, volontairement cette fois, du foyer pseudo-familial. Il s’installe dans l’île Saint-Louis et reçoit la part de l’héritage paternel, qu’il dépense très vite. Commence une vie “entre une saisie et une querelle, une querelle et une saisie”. Mal logé, mal chauffé, mal nourri, il tente de se suicider en jiun de 1845. Ses premières publications ont été peu alimentaires: des articles de critique d’art (Salon de 1845, Salon de 1846) une nouvelle – le genre est à la mode – La Fanfarlo (1847), des traductions d’Edgar Poe.
En 1857, la publication de son recueil Les fleurs du mal augmentent ses tracas. Un mois après la mise en vente le livre est saisi par le Parquet et son auteur est condamné à une amende pour” délit d’outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs”. Devenir riche – Baudelaire n’y songe plus, il veut seulement payer ses dettes. Il compte sur son travail d’écrivain, il porte dans sa tête “une vingtaine de romans et deux drames”. Mais il doit remanier le recueil condamné pour l’édition de 1861. Les poèmes nocturnes, commencés en 1857, ne seromt réunis que pour une édition posthume (1869), et on n’a trouvé qu’une cinquantaine au lieu des cent promis.Menant plusieurs ouvrages de front, il devait abandonner bien des projets. Il en résulte un sentiment d’impuissance créatrice qui augmente sa rage contre les autres et contre lui-même. En 1864 il part pour Bruxelles pour une tournée de conférences et il espère découvrir un éditeur pour la publication de ses oeuvres complètes. Mais il ne retrouve que “l’avarice” et il se venge en écrivant Pauvre Belgique. Sa vie de désordre, son recours au vin et à l’opium l’ont mené aux crises, aux étouffements et à une longue agonie dans la clinique à Paris où il s’éteint le 31 août 1867.
Il a eu une dégradante liaison avec Jeanne Duval, une mûlatresse qui est entrée dans sa vie en 1842 et n’en est sortie que 20 ans plus tard. En ce qui concerne l’opium, avant d’être un remède contre la souffrance physique, il avait été comme le vin, un remède contre le chagrin, l’ennui, le spleen, la solitude, et surtout contre l’impuissance créatrice. Son effort créateur était sensible dans la toilette de dandy, il peint son portrait dans Samuel Cramer, le héros de La Fanfarlo. D’après Baudelaire, le dandysme est un dernier éclat d’héroïsme dans les décadences.
L’architecture des Fleurs du mal , recueil dédié à Téeophile Gautier, représente une exposition et une tragédie en 5 actes.
L’exposition requierttoute la première partie, la plus longue, où Baudelaire découvre et décrit la dualité où il est pris: “Spleen et Idéal”.
- la dualité de l’expérience de l’artiste (I-XXI): le poète est placé dès sa naissance entre la malédiction et la bénédiction, entre le ciel qui l’attire et la terre qui la retient, entre les deux sources, divine et infenale, de la beauté.
- Dualité de l’amour (XXII-LXIV) – entre l’amour charnel, maudit (Jeanne Duval), l’amour spirituel (Mme Apollonie Sabatier qui tenait un salon littéraire. Baudelaire l’adora de 1852 à 1857, mais leur liaison fut ensuite très brève) et Marie Daubrun (LIII), “la femme aux yeux verts” ( une actrice qui fut aimée de Baudelaire et lui fit connaître les tourments de la jalousie par sa liaison avec Banville en 1857).
- Dualité de l’expérience de la solitude ( LXV-LXXXVI.
Les “cinq actes” sont les cinq tentatives de Baudelaire pour échapper à cet insupportable tête-à- tête.
- La tentative de la charité romantique correspond à la seconde partie du recueil, “Tableaux parisiens”. Les êtres souffrants le ramènent à sa propre souffrance
- La tentative des paradis artificiels est prèsentee sous le nom de l’un entre eux, “Le vin”, troisième partie des “Fleurs du mal”
- La tentative de la débauche, la quatrième partie, où affleurent le goût du sang, la curiositè malsaine pout l’homosexualité et les “sales caresses”.
- La tentative du blasphème
- Dernière tentative, ultime recours, suprême espoir, “La Mort”.
La religion profonde de Baudelaire est cachée sous le masque du satanisme. Il adore Dieu et il nomme Satan. “Enfer ou Ciel qu’importe?” (FM CXXVI, Le voyage), Quand Dieu même n’existait pas, la Religion serait encore Sainte et Divine” (Fusées, I).
Il découvre les correspondances entre les parfums, les couleurs, et les sons . Premièrement, la poésie doit traduire les correspondances entre les sensations, deuxièmement, elle doit être en correspondance avec avec les autres arts: à la gravure (Callot, Goya, Vernet), à la musique, é la sculpture, à la peinture (Rubens, Lèonard de Vinci, Rembrandt, Michel-Ange, Puget, Watteau, Goya et son cher Delacroix.
Baudelaire reste un romantique, mais un romantique moderne…
La littérature après 1850
D’après A.Camus, l’art n’est jamais réaliste, il a parfois le tentation de l’être. Dans la littérature française dans la seconde moitié du XIX s. on trouve un réalisme de l’observation, dont le roman, de Flaubert à Zola, est le domaine privilégié, mais qui marque aussi la poésie parnassienne.
Le romantisme avait été l’âge de l’individu. La révolution de 1848 a rappelé l’existence du peuple et inauguré peut-être, l’âge de la masse. Autoritaire, libéral ou parlementaire, l’Empire accorde beaucoup d’attention à la vie économique et matérielle dont l’essor extraordinaire a pour résultat de résorber le chômage et de faire progresser le niveau de vie de tous les Français.
La gloire de Gustave Flaubert (1821-1880) repose sur deux légendes: le réalisme des faits et le labeur de l’écriture. Son enfance se déroule monotone à Rouen dans une famille de chirurgiens scéptiques et convertis au positivisme. En même temps qu’il éprouve une passion muette pour Elisa Schlesinger, une femme de 15 ans son aînée, le jeune homme s’éveille à la littérature en composant des récits fantastiques fortement teintés de romantisme flamboyant. En 1843 il est atteint par une maladie nerveuse qui provoque une rupture dans sa vie.
En 1846 il s’installe seule avec sa mère dans la propriété de Croisset. Quelques voyages et sa liaison avec Louise Colet l’arracheront momentanément à son travail d’écrivain. Après une première version de La tentation de saint Antoine, désapprouvée par ses amis, il s’acharne à la rédaction de Madame Bovary dont la publication fait scandale (1856). Il entreprend ensuite une “étude antique”: il va se documenter en Afrique du Nord, puis vient terminer sonrécit dans sa monastique résidence normande. A sa sortie, Salammbô reçoit un accueil mitigé de la critique, malgré un gros succès populaire. Désormais célèbre, Flaubert fréquente quelques salons d’intellectuels et de lie avec Georges Sand. Il poursuit en même temps son travail et donne en 1869 L’éducation sentimentale. C’est un échec dont l’écrivain ne se relèvera pas: s’isolant de plus en plus, laissant couler son amertume dans une nouvelle Tentation de sainte Antoine (1874), retrouvant par instants le souffle de sa maturité (Trois contes, 1877), il est célèbre comme chef de la naissante école naturaliste. Il meurt subitement en 1880, laissant inachevé son roman Bouvard et Pécuchet, publié l’année suivante.
L’échec de la première Tentation conduit Flaubert à traiter un “sujet terre-à-terre” durant deux années il cherche, hésite entre plusieurs directions, et en 1851 il se met au travail. Cinq ans plus tard Madame Bovary est livrée aux éditeurs.
Madame Bovary. – Rêveuse de tempérament, Emma s’ennuie rapidement dans le paisible village de Tostes, en compagnie d’un mari médiocre et borné. Le couple vient s’installer à Yonville-l’Abbaye. A côté du pédant Homais, le pharmacien local, Emma découvre Léon Dupuis, un jeune clerc de notaire auquel l’unit une “mystérieuse sympathie” toute platonique. Mais Léon doit partir pour Rouen où l’appellent ses affaires: Emma, troublée par ce vide, se laisse alors séduire par un Don Juan banal, Rodolphe Boulanger, en compagnie duquel s’assouvissent ses désirs romanesques: elle projette de fuir en Italie avec son amant, mais ne trouve au jour fixé qu’une lettre de rupture.
Désemparée, Emma sombre désormais: elle se le avec Léon, retrouvé, puis, de nouveau délaissée, s’amourache d’un chanteur. Lassée, elle contracte de dettes pour mener son insouciante vie, jusqu’au jour où, pressée par ses créanciers, elle se suicide à l’arsenic devant son mari hébété. Incapable de réagir, Bovary se laissera mourir lentement tandis que Homais poursuit son ascension.
Le roman parut dans la Revue de Paris avec des coupures, ce qui n’empêcha pas Flaubert d’ être traîné devant les tribunaux. Acquitté, il sortit grandi de ce scandale, et son roman poursuivait une étincelante carrière.
Si Madame Bovary est un roman de l’échec, s’est qu’il ne saurait en être autrement: aucun salut n’est possible dans un univers où règne la médiocrité. Ainsi le bovarysme d’Emma n’est qu’un jeu au milieu des miroirs qui lui renvoient toujours la même image d’insatisfaction. Il n’existe que deux attitudes possibles devant cette médiocrité (car Charles vit sa piètre existence) – la refuser (suicide d’Emma) ou l’assurer ( triomphe d’ Homais).
Madame Bovary s’était circonstrit au personnage d’Emma, témoin idéal d’un petit monde étriqué. Avec ces deux romans suivants, l’écrivain allait libérer, dans des directions opposées, les mondes qui portaient sa plume et son coeur. Salammbô est une négation du roman historique. Flaubert a entrepris par délassement un roman qui le retiendra cinq ans (1857-1862). Pour se documenter, il s’enferme dans les bibliothèques, s’acharne sur les textes antiques, va même jusqu’à se rendre sur les lieux de son action. De même que Balzac pour ses Chouans avait scruté la région de Fougères, de même Flaubert s’impregne de la Tunisie pour retrouver Carthage. C’est encore au roman balzycien que fait songer l’apparente composition d’ensemble de Salammbô: un arrière-plan, une ville et sa campagne (Fougère/Carthage), sur lequel bougent les masses (chouans et bleus/ mercenaires-troupes d’Hamilcar), on voit s’en détacher des individualités (Hulot/Hamilcar, Marche-à-terre/Spendius) témoins d’une passion mouvementée (Marie et Montauran/Salammbô et Mâtho). En deux récits est noté la présence d’éléments symboliques (République-Royauté/ zaïmph de Tanit). Le zaïmph est le voile de la déesse Tanit (la lune), protectrice de Carthage. Son manteau, talisman de la cité africaine, dérobé par Mâtho et Spendius, sera à l’origine de la lutte entre les mercenaires et les Carthaginois.
Mais les ressemblances superficielles ne sauraient masquer les différences fondamentales dans la conception des deux romans: Balzac cherchait à rendre compte d’un devenir historique, Flaubert trouve dans l’Histoire un dépaysement décoratif. Par là, il rompt avec le roman historique. L’Histoire joue pour Flaubert le même rôle que le rêve d’Emma: un moment d’évasion dont la rupture avec l’instant présent n’est qu’apparence.
De 1864 à 1869, Flaubert revient à la tentation de se défaire du souvenir de Mme Schlésinger et écrit une oeuvre qui est plutôt une fiction, qu’une autobiographie romancée.
Education sentimentale. – En 1840, Frédéric Moreau, jeune bachelier à la vocation artistique, fait la connaissance du couple Arnoux sur un bateau. A Paris il entreprend des études de droit en compagnie de Deslauriers, un ami, qu’attire la politique. Il fréquente le salon des Dambreuse, retrouve Jacques Arnoux dont il découvre la vie multiple, et tombe franchement amoureux de sa femme, Marie Arnoux. De retour dans sa province natale, il apprends ses revers de fortune, puis hétite d’un iche oncle. Il regagne Paris pour y mener une vie luxueuese (Première partie).
Frédéric, déçu par la froideur de Mme Arnoux, se lie avec une coquette mondaine, Rosanette Bron. Désormais, son existence se trouve tiraillé entre les séductions de la vie facile (Rosanette) , les tentations du grand monde (les Dambreuse) et l’amour qu’il sent, malgré les résistances , chez Marie Arnoux. A la suite d’un rendez-vous manqué (Mme Anoux retenue au chevet de son fils malade), Frédéric furieux devient l’amant de Rosanette (Deuxième partie).
Lorsqu’éclatent les journées de 1848, Frédéric s’éloigne en compagnie de sa maîtresse avec laquelle il file le parfait amour en forêt de Fontainebleau. Quelque temps après il rompt avec Rosanette, connaît une brève liaison avec Mme Dambreuse devenue veuve et perd la trace de Mme Arnoux qu’il ne reverra qu’en 1867. Ils s’avouent enfin leur amour réciproque. Cet échec trouve son écho dans la conversation de Deslauriers et de Frédéric deux ans plus tard: eux comme leurs amis ont tout raté, sauf leurs souvenirs.
L’education sentimentale est un livre fortement enraciné dans la tradition chère au romantisme: l’échec d’un homme servait dejà de sujet aux Illusions perdues de Balzac, à Volupté de Sainte-Beuve et d’autres.Mais ce livre n’est plus l’aventure d’un homme, mais le constat d’une époque qui voyait s’écrouler ses dernières espérances. La nouveauté de Flaubert réside dans la négation de l’action. Fréderic, contrairement à ses prédécesseurs balzaciens, demeurait en spectateur (mot employé par l’auteur), il est incapable d’agir, se contentant d’une contemplation négative.
La doctrine de Flaubert réside dans la négation de l’inspiration. Le rapport de l’artiste avec sa création doit être d’ordre extérieur: l’oeuvre n’est plus le reflet de l’écrivain (”Un romancier n’a pas le droit d’exprimer son opinion sur quoi que ce soit. Est-ce que le Bon Dieu l’a dite, son opinion?”) qui se comporte en démiurge à l’égard de sa création.
Le naturalisme.
Dans la Préface de Thérèse Raquin (1868) Zola parle des “écrivains naturalistes”. Le mot, Zola ne l’a pas inventé. Baudelaire et Flaubert l’avaient utilisé à propos de Balzac. Il s’agît d’une manière qui se présente comme l’analyse quasi scientifique des cas curieux de phisiologie. Cette manière doit beaucoup à l’étude clinique, menée par les Goncourt dans Gernimie Lacerteux, à la croyance de Taine en l’influence des milieux.
Emile Zola (1840-1902) étudiait les espèces humaines comme on étudie les espèces animales. Sa formation sera complétée par la lecture des ouvrages du docteur Lucas et de Claude Bernard. Ainsi, dans Le roman expérimental (1879) il cite Bernard, en remplaçant le mot “médecin” par le mot “romancier”. Pour illustrer cette théorie, il n’a pas fallu à Zola moins de 20 volumes, ceux qui composent la somme romanesque des Rougon-Macquart. Mais le champ d’études est plus limité que celui de la Comédie humaine. Zola ne considère que l’Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire. L’auteur présente tour à tour 5 générations successives. Dans les premiers Rougon-Macquart on assiste à la marche en avant de la bourgeoisie: conquête de Plassans par Pierre et Félicité Rougon (La fortune des Rougon), spéculations ahurissantes de Saccard dans le Paris du baron Haussmann (La curée), triomphe des Gras sur les Maigres (Le ventre de Paris), conquête du pouvoir (Son excellence Eugène Rougon).
Mais bientôt la société se dégrade. Dans L’assomoir on voit une famille ouvrière: Gervaise et Coupeau forment un ménage modèle jusqu’à l’accident qui déclenche le processus d’un lent “avachissement”, d’un abandon progressif à “la machine à saouler”, à la misère, à la prostitution, finalement à la folie et à la mort. Avec les ravages exercés par la courtisane Nana, c’est toute une société qui se décompose. Hésitant entre le socialisme et l‘anarchisme, Zola entreprend aussi la lutte sur le plan politique. Contre le capital, il défend l’évangile du Travail. A travers du torrent de la révolte des mineurs (Germinal) Etienne Lantier s’en va vers un avenir plus clair. Il luttait contre toutes les tyrannies pour la Justice et la Vérité, il le prouva au moment de l’affaire Dreyfus, quand le 13 janvier 1898 il fit paraître dans le journal de Clémenceau L’Aurore, un article retentissant, “J’accuse”.
Malgré le grand succès qu’il a obtenu déjà de son vivant, Guy de Maupassant (1850-1893) a longtemps été considéré en France comme un écrivain de second ordre. La destinée posthume du conteur normand était d’être mieux apprécié par les étrangers – Zwejg, les Russes, que par les compatriotes. Par sa mére, amie d’enfance de Flaubert, par le poète Louis Bouillet qui fut son correspondant quand il fut admis comme interne au licée de Rouen en 1867, Maupassant entra très tôt en contact avec l’ermite de Croisset.Le célèbre écrivain lui inculqua sa haine du bourgeois, son culte du travail et de la forme. Il le fit collaborer à Bouvard et Pécuchet, il corrigea sévèrement ses premiers essais littéraires. C’est lui qui protégea ses débuts dans la carrière quand celui qui n’était qu’un employé de ministère décida d’obéir à sa vocation d’écrivain. Il lui donna acès à des journaux, à des revues, il l’introduisit auprès des maîtres de l’heure, en particulier Emile Zola. Maupassant complète le petit groupe (Henry Céard, Léon Hennique, Paul Alexis et J.-K.Huysmans) qui après le succès de L’assomoir, se réunit Zola. En avril 1880 ils font paraître un volume coolectif qui va faire un gdand bruit., Les soirées de Médan, résultat – si l’on croît Maupassant – d’une gageure tenue l’été précédent dans la propriété du maître: chacun devait inventer une histoire. “L’attaque du moulin” lança le thème de la guerre, Maupassant le reprit avec “Boule-de-suif”, petite nouvelle “antipatriotique” qui le rendit immédiatement célèbre et que Flaubert qualifia de chef-d’oeuvre. Elle nous présente une fille, qui pendant l’occupation allemande, voyage dans une diligeance de Dieppe, entourée de compagnons de route fort dédaigneux. Un officier allemand fait arrêter la voiture. Boule-de-Suif lui plaît, mais elle refuserait de lui accorder les faveurs qu’elle prodigue si volontiers d’ordinaire si le autres voyageurs (y compris les bonnes soeurs) ne l’y encourageaient pour obtenir le droit de continuer leur chemin. Elle s’exécute, la diligeance repart, le mépris renaît pour la pauvre fille qui n’a pour consolation que ses larmes.
Il faut aussi considérer Maupassant comme un héritier de Balzac, pour qui il a toujours professé la plus vive admiration. L’un de ses six romans, Bel-Ami (1885), présentera un Rastignac nouvelle manière, Duroy, aventurier sans scrupule évoluant dans un milieu que l’auteur des Illusions perdues n’avait pas épargner non plus: celui des journalistes. Dans la préface d’un autre roman, Pierre et Jean (1888) Maupassant s’est fait le théoricien du réalisme: “Le réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même”. Ce dessin suppose un art de mettre en relief les détails caractéristiques utiles au sujet, bref, une vision personnelle plus vraie que la vérité.
Plus que le roman, c’est la nouvelle qui a permis à Maupassant d’illustrer son idéal. Un conte comme Les deux amis fait apparaître les traits principaux de l’art réaliste de Maupassant: jamais de description documentaire, mais une série de notations rapides qui suffisent pour évoquer un décor (“Paris était bloqué râlant”), pour dresser une silouette (la haute taille de Morissot, l’embonpoint de Sauvage), pour décrire une attitude familière (“la ligne à la main et les pieds ballants au-dessus du courant”), pour laisser deviner son émotion et sa colère sous une ironie mêlée de tendresse. On songe à Racine et à l’art de faire quelque chose de rien.
Les quelque trois cents nouvelles àcrites par Maupassant ne sont pas toutes dans la même tonalité. Il montre un paysan normand avec ses gros instincts (La ficelle, La bête à maître Belhomme). On ne peut oublier le vieux Toine, paralysé dan son lit, à qui sa femme donne des oeufs à couver (Toine). Mais la colère rageuse esr certainement la note dominante des premières nouvelles de Maupassant: elle s’exerce sur la guerre, sur la religion, sur le préjugés modernes, sur l’exaltation romantique de la femme, sur l’avarice, sur les bourgeois. Bientôt s’insinue l’émotion, la sympathie pour les petites gens et pour les misères humaines. Maupassant évoque tour à tour la vie misérable des vieilles filles (Miss Harriett), des pères à la paternité douteuse (M.Parent). Une vie décrit le calvaire d’une femme, Jeanne Le Perthuis des Vauds, trompée par son mari, déçue par son fils, ruinée et meurtrie, qui continuera une existence morne en compagnie de sa vieille servante Rosalie. “La vie, ça n’est jamais si bon, ni si mauvais qu’on croit”. Au cours des années l’inquiétude dans l’oeuvre de Maurassant, monte. Cet homme apparemment jovial, déjà marqué par Flaubert, est, à partit de 1883, attiré par le pessimisme de Schopenhauer. La destinée de Maupassant confère une résonance particulièrement tragique à ses dernières oeuvres. Souffrant depuis lomgtemps de troubles nerveux, plein de curiosité et de crainte pour la folie, il tenta de se suicider à Cannes le 1er janvier 1892. Au terme de dix-huit mois d’internement, dont douze mois d’agonie, il mourut sans avoir retrouvé la lucidité.
Du roman, la bataille naturaliste s’est étendue à la scène. Plus importants que les auteurs et les oeuvres (Henriette Maréchal des Goncourt, Thérèse Raquin de Zola, Les corbeaux, La Parisienne de Becque) apparaît le Théâtre-Libre fondé en 1887 par Antoine (1858-1943), qui donnera 62 spectacles en neuf ans.
Dans l’oeuvre d’Alphonse Daudet, de Paul Bourget, de Jules Vallès marquent la crise du naturalisme.
La poésie parnassienne.
Le Parnasse fut une manière du “naturalisme poétique”. Issu du romantisme par l’intermédiaire de Téophile Gautier, il conduit au symbolisme, puisque Mallarmé fut l’un des collaborateurs du Parnasse. La naissance du Parnasse est postérieure aux 2 grands recueils de Leconte de Lisle, Poèmes antiques et Poèmes barbares. C’est la présence de ce maître qui a rendu possible la création d’un groupe de jeunes gens. Mais il ne faut pas négliger un autre élément favorable: l’accueil fait à l’”école nouvelle” par un petit éditeur, Alphonse Lemerre, 47, passage Choiseul. Après l’échec de l’hebdomadaire L’Art, on s’oriente vers le recueil ou, comme on disait au XVII s. le “parnasse”. On en verra paraître trois.
Le Parnasse contemporain de 1866: 300 pages, 40 poètes (Gautier, Banville, Leconte de Lisle, Baudelaire, Heredia, Verlaine, Mallarmé, Coppée)
Le Parnasse contemporain de 1869 (mis en vente après la guerre en 1871), 400 pages, 60 collaborateurs. Parmi les nouveaux – Anatole France, Charles Cros. Pimbaud a tenté en vain de d’y publier ses premiers vers.
Le Parnasse contemporain de 1876.
Téophile Gautier (1811-1872) fut un romantique de la première heure et il se fit remarquer par son fameux gilet rouge lors de la bataille d’Hernani. Déjà, pourtant, il s’inscrit en marge du mouvement par un temrérament satirique qui le pousse à railler les modes romantiques. Devenu journaliste en 1836, grand voyageur, il semble se convertir au monde extérieur. Dans ses Emaux et camées il recherche la pureté de la forme, cultivant la difficulté et instauranr la religion de “l’art pour l’art”. Cette poésie de la plastique qui apparaît comme un antidote au poison romantique, connaît un vif succès aux alentours de 1850.
Les traditions esthétiques des parnassiens on trouvés leur suite originelle dans la poésie des symbolistes. Le premier – c’est “le vieux vagabond des routes et des faubourgs”, comme le nomma A.France – Paul Verlaine (1844-1896) n’a pas été seulement rejeté par la société de son temps, Il est aujourd’hui proscrit par les délicats qui lui reprochent sa mièvrerie quand il est ému, sa grossièreté quand il célèbre les plaisurs de la chair. Le premier biographe de Verlaine fut lui-même dans ses proses peu connues: Mémoires d’un veuf, Mes hôpitaux, Mes prisons, Confessions et Les poètes maudits où il se place au terme d’une lignée qui comprend Corbière, Rimbaud, Mallarmé etc et “Pauvre Léliane” (anagramme de son nom).
Né à Metz en 1844 dans un vieux ménage sans enfant, il eut une heureuse enfance. Son père, un militaire, prit sa retraite en 1851 et la famille s’installa à Paris. Choyé par sa mère et sa cousine, il devait trouver rude le premier contact avec les difficultés de la vie: pensionnaire à l’institution Landry, Paul prend la fuite. Après ses études secondaires, Verlaine est employé à l’Hôtel de Ville, ivrogne et dépravé. Il collabore au Premier Parnasse. La mort de son père et surtout celle de sa cousine Elisa le laissent désemparé, mais il émeute le voisinage en battant sa mère. Il épouse une jeune fille de 16 ans, la demi-soeur de son ami, Mathilde Mauté. Leur brève union posait sur un malentendu. Pendant la guerre, le siège de Paris, la Commune Verlaine, garde-national en goguette, est plus violent dans son ménage que guerrier dans la rue. Pour quitter cet “at home obèse” et la “Princesse Souris” il fallut Rimbaud. Recueilli par Verlaine chez lui en septembre 1871, semant le scandale dans la famille et parmi les amis, abandonné puis repris, “le plus beau d’entre tous les mauvais anges”, n’entraîna pas seulement Verlaine en Belgique, puis en Angleterre, pour se venger de Mathilde, mais pour rendre son faible compagnon “à l’état de fils du soleil”. Par un nouveau malentendu, Verlaine ne vit guère dans l’aventure que “le roman de vivre à deux hommes”, l’occasion de satisfaire à la fois ses passions et des aspirations sentimentales qui, déçues au foyer, le furent tout autant dans le garni londonien.
Quand en juillet 1873, Verlaine est emprisonné à Bruxeles, puis à Mons, pour près de deux ans, tout s’effondre: Rimbaud est parti, Mathilde a demandé et obtenu la séparation, le Parnasse exclut son ancien collaborateur. Après la prison, il est agriculteur dans le nord de la France, professeur en Angleterre, à Stickney et à Bournemouth, il mène une vie correcte et rangée. En 1877, les démons reparaissent: il perd son poste d’enseignant à l’institution Notre-Dame de Rethel parce qu’il a recommencé à boire, il s’éprend, platoniuement, d’un de ses élèves, Lucien Létinois, qu’il emmène en Andleterre, comme naguère Rimbaud. Mais l’échec le guette: son entreprise agricole fait faillite, Lucien est emportà par la typhoïde, ses efforts pour retrouver son ancienne place à l’Hôtel de Ville restent vains. De 1883 à 1885, Verlaine cache son ivrognerie dans une ferme qu’il achète, mais il est arrêtà et emprisonné pour avoir battu sa mère, qui meurt misérablement en 1886. Lui- même est malade, sans le sou. Il erre d’hôpital en hôpital, passant de Philomèbe Boudin à Eugénie Krantz, deux femmes de petite vertu. C’est dans la chambre d’Eugénie Krantz qu’il s’effondre en janvier 1896, mais ce clochard connaît déjà la célébrité et le ministre des Beaux-Arts se fera représenter à ses funérailles et Barrès prononcera un discours sur sa tombe.
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous
Ces vers des Romances sans paroles sont comme une présentation de l’oeuvre de Verlaine. Une oeuvre sur laquelle on porte presque toujours le jugement que Voltaire sur Shakespeare: “quelques perles sur du fumier”.
Le premier recueil de Verlaine, les Poèmes saturniens (1866) semble par son épilogue, d’obédience parnassienne. Le titre et le prologue sont résolument baudelairiens. Les Fêtes galantes (1869) et La bonne chanson (1870), que l’on oppose si souvent, ont au moins deux points communs: la musique verlainienne et les propos galants. Il faut surtout remarquer dans la Sagesse (1881) l’abandon de la neutralité où le moi se perd. Il vide des fonds des tiroirs et compose de nouvelles pièces. Il essaie d’y mettre de l’ordre: chronologique et logique – Jadis et naguère. L’hymne à l’amour charnel s’élève à son tour dans Parallèlement (1889), où il invite à “l’embarquement pour Sodome et Gomorrhe”, et dans le Chansons pour elle (1891), où dans des vers sans pudeur Varlaine célèbre sa liaison avec Eugénie Krantz.
Arthur Rimbaud (1854-1891)a lu les romantiques et les parnassiens, mais aussi bien les romans grivois et les livrets d’opéra-comique du XVIII siècle. En parlant de l’enfance de Rimbaud, il faut comprendre qu’il fut un enfant aux traits contradictoires: sa mère incarne le conformisme bourgeois, son père, militaire fasciné par l’Afrique, eut le goût de l’aventure, qui le poussa à abandonner sa femme et ses enfants. Le 29 août 1870 Rimbaud quitte le foyer familial, prend le train pour Paris, est arrêté à la gare du Nord parce qu’il n’a pu payer son billet, est emprisonné, mais délivré par son professeur, Izambard, et rendu à sa mère. Il faut noter l’échec essuyé par Rimbaud auprès des parnassiens: il a envoyé à Banvilledes vers qu’il n’a pas voulu imprimer (Ophélie, en particulier).
Rimbaud ne sera jamais le révolté pur. Il ne reviendra jamais au lycée, mais chacune de ses fugues s’achève sur un retour à Charleville. L’absynthe, le hachisch, la liaison avec Nerlaine sont autant d’instruments de l’encrapulement qu’il juge necessaire à la délivrance de sa poésie. Le4s lieux de ses expériences seront Paris, où Rimbaud, acueilli par Verlaine en septembre 1871, fuit de logis en logis et irrite, après les avoir éblouis, les parnassiens; Londres, où il séjourne par trois fois avec Verlaine et finit par s’enliser dans une existence médiocre; Bruxelles où, le 10 juillet 1873, tentant en vain de retenir son ami, Verlaine tire sur lui deux coups de revolver, Rimbaud est légèrement blessé, Verlaine est emprisonné pour deux ans. L’échec est complet.
Une saison en enfer (1873) est à la fois le compte rendu et la conclusion de cet échec. Sa poésie du “délire”décrit toutes les phases de sa tentative pour trouver la beauté par l’hallucination volontaire: il a commencé par inventer la couleur des voyelles (A –noir, E – blanc, I – rouge, O – bleu, U – vert), il a cherché à fixer des vertiges (Larmes), il a dressé des épouvantes à partir d’un simple titre de vaudeville (Michel et Christine), mais bientôt il a senti le monde lui échapper, au moment même où il disait adieu dans l’espèce des romances (Chanson de la plus haute tour), adieu à “l’alchimie du verbe”. De l’automne 1873 à l’automne 1878, Rimbaud cours l’Europe, non sans revenit périodiquement à Charleville. En 1875 il aura à Stuttgard une dernière entrevue, fort orageuse, avec Verlaine. Puis ce seront Milan (Madame), Vienne, il se sera engagé dans l’armée coloniale hollandaise pour réprimer une révolte à Java. Il faut noter son inspiration urbaine (Villes), mais ce n’est pas une description de cités réelles, des ponts (Les ponts), des hôtels (Après le Déluge), ils forment une prodigieuse symphonie. Très tôt, Rimbaud s’est tu. En octobre 1878, il a quitté l’Europe: il travaille d’abord au Chypre, comme chef de carrière, puis à Aden et au Harrar, reend des fusils au roi du Choa, il est assailli par les créanciers de son associé.En 1891, atteint d0une tumeur au genou, il se fait rapatrier. A l’hôpital de Marseille il est amputé de sa jambe malade, puis revient auprès de sa mère et sa soeur Isabelle. Aprèe d’atroces souffrances physiques et morales il meurt à l’hôpital de Marseille le 10 novembre 1891.
Au moment où la décadence est en butte à ses plus vives attaques, en 1885-1886, le symbolisme s’en dégage. C’est le plus curieux mouvement du siècle, une école mystique, dont le point commun avec l’école décadente sera l’idéalisme. Le mot “décadent” a un certain sens péjoratif, il a cédé sa place au symbolisme, déclaré par Jean Moréas dans Le Figaro du 18 septembre 1886. Le mot-clef est le premier mot: “Hiperbole”. Il faut entendre par là le saut audacieux de celui qui passe du monde sensible au monde intelligible, découvrant par-delà chaque chose “l’idée” dont elle n’est que l’apparence. Car le poète ne saurait se contenter de “visions” incertaines: il lui faut “la vue”. Le symbolisme veut découvrir un monde plus vrai que celui dans lequel nous vivons.Les auteurs les plus connus restent mallarmé, René Ghil, Jean Moréas,henri de Régnier. Le symbolisme est surtout fertile en Belgique, il suffit de nommer les noms d’Emile Verhaeren et de Maurice Maeterlinck. Ecrivain abondant et divers, prix Nobel, Maeterlinck (1862-1949) fut célèbre en son temps. Son pessimisme philosophique cherche une issue hors de ce monde, mais puise une consolation dans la comtemplation de la nature (La vie des abeilles, 1901, La vie des fourmis, 1930). Sa première pièce, La princesse Maleine, a été imprimée à 30 exemplaires et serait san doute passée inaperçue, si Octave Mirbeau ne lui avait consacré dans Le Figaro un dithirambe, le plaçant au-dessus de Shakespeare. Les pièces suivantes sont L’Intruse, Les aveugles, Pélleas et Mélisande, mais l’admirable drame musicale de Debussy, composé sur ce sujet, fut désavoué par Maeterlinck.
Un des évènements les plus remarquables du symbolisme serait, sans doute Alfred Jarry avec son cycle d’”Ubu”, Paul Claudel.
Ni le naturalisme, ni le symbolisme n’avaient pu véritablement s’épanouir au théâtre. Au début du XX siècle la seule caractéristique commune est peut- être la servilité à l’égard des goûts du spectateur.
Le théâtre néo-romantique d’Edmond Rostand (1868-1918) pourrait se situer à mi-chemin entre Victor Hugo et Victorien Sardou. On passe de l’inspiration évangélique (La Samaritaine) à l’évocation des amours du trouvère Geoffroy Rudel (La princesse lointaine) aux gasconnades de Cyrano de Bergerac, à l’héroïsme de L’Aiglon, à la basse.cour allégorique de Chantecler. La forme atteste, parfois avec bonheur, la survie d’un théâtre en vers passablement anachronique.
L’héritage naturaliste est présenté par les thèmes de la mesquinerie de la vie de famille chez Jules Renard (Le pain de ménage, Poil de carotte), la tyrannie de l’argent chez Octave Mirbeau (Les affaires sont les affaires), Emile Fabre (L’argent, La vie publique, Les sauterelles). Le théâtre d’idées on revient à Emile Augier ou à Alexandre Dumas-fils qui abordent les thèmes de moralité, de mariage, de foyer.
Poursuivant les expériences du XIX siècle ou recherchant des voies nouvelles, le roman commence à traverser une crise qu’aggrave la présence des maîtres de l’heure. On voit le roman psychologique, auquel on a reproché de n’avoir remplacé le “corps sans âme” des naturalistes que par des “âmes sans corps”, de disséquer la psychologie des personnagesavant qu’on n’ait eu le temps de les voir. Il s’âgit surtout des romans de Bourget (L’irréparable), qui montre comment chez Noémie, la personnalité de la femme scrupuleuse se substitue à celle de la mondaine assez libre; de Pierre Loti (Julien Viaud, 1850-1923) qui dessine d’un trait trop net l’évolution du caractère de Yann dans Les pêcheurs d’Islande (1886). Une autre tradition, née au temps du symbolisme, est celle du roman poétique. Le représentants sont: Remy de Gourmont, George Rodenbach, Francis Jammes et la meilleure réussite de genre – Le grand Meaulnes d’Alain Fournier.
L’un des plus remarquables romanciers de l’époque est, sans doute, Anatole France (1844-1924), le pacifiste qui, jusqu’au dernier moment refuse de croire à l’imminence de la guerre mondiale. Malgré son socialisme utopique et la défense de Dreyfus, il est conservateur et défenseur du classicisme. Son père, M.Thibault, était libraire à Paris, et l’écrivain a eu une enfance studieuse et douce, qu’il a évoqué dans Le livre de mon ami. Ses étude au collège Stanislas, ses fonctions chez l’éditeur Lemerre ou à la bibliothèque du Sénat le montrent toujours soucieux de rester enclos dans les humanités. Le goût de l’Antiquité classique, et plus généralement, de l’Histoire, n’a jamais quitté Anatole France. Il fait revivre Thaïs (1890), courtisane célèbre de l’Antiquité, il dessine la silhouette de Robespierre dans Les dieux ont soif (1912), il raconte à sa manière La vie de Jeanne d’Arc (1908) et l’histoire du peuple français jusqu’à l’affaire Dreyfus dans une piquante allégorie L’île des pingouins (1908). Chroniqueur littéraire de journal Le Temps de 1887 à 1893, il s’y montre l’adversaire résolu de la nouveauté, qu’elle se réclame du naturalisme ou du symbolisme. Il sera toujours le défenseur d’un idéal classique qui fait passer avant le souci d’originalité les exigences du goût.
Ses porte-parole seront des hommes de livres, comme lui, par exemple l’aimable érudit Sylvestre Bonnard.
Le résumé de plus d’un demi-siècle de l’histoire littéraire est présenté dans l’oeuvre d’André Gide (1869-1951), applaudi par les dadaïstes pour ses “soties” et par Sartre pour avoir “vecu ses idées”. En 1895, en Algérie où il retrouve sa santé, il croit découvrir le sens de la vie: la liberté et la ferveur. C’est ce nouvel Evangile qu’il s’empresse d’apporter avec Les nourritures terrestres: il faut rejeter l’idée de péché pour goûter à tous les fruits de la terre. Parallèlement au lytisme des Nourritures, Gide fait la satire des ses ennemis. Paludes présente l’histoire des discussions stériles et des milieux prétendus litétaires. Mais les Cahiers d’André Walter découvraient un ennemi en lui- même: le narcissisme et la pose. André Walter renonçait à Emmanuelle pour la mieux aimer dans sa solitude. Michel, dans L’immoraliste, entraîne sa jeune femme Marceline en Afrique, mais l’y délaisse et la laisse mourir. En épousant sa cousine Madeleine Rondeuax, Gide n’avait en effet rompu avec les dernières volontés de sa mère que pour s’embarasser d’un nouveau lien qu’il faudrait bientôt rompre. Nul besoin d’un maître, Oscar Wilde ou Ménalque (le nouvel être, celui que Gide, malade, a brusquement senti comme le seul important, le seul vrai) pour cela. Il a suffi de la révélation africaine, des corps éclatants d’Ali ou de Mahamed, pour qu’il retrouve sa véritable nature. S’inscrivant en marge de la morale traditionnelle, la vie de Gide n’échappe pas pourtant à la morale. Sous une forme grave, épurée, ses récits donnent à l’être des attitudes éthiques successives par rapport auxquelles l’auteur prend ses distances même quand il est passé par elles. Tel était le cas de L’immoraliste, apologie de l’individualisme. Alissa, l’héroïne de La porte étroite, suit un chemin tout à fait différent, celui du sacrifice et du renoncement, la “route étroite” dont parle l’Evangile. Quant au parteur de La symphonie pastorale, il prend conscience, mais trop tard, du mensonge à soi- même qui peut se cacher sous les meilleurs intentions: l’éducation de Gertrude, la petite aveugle qu’il a recueillie et qu’il aime. Parmi les soties il faudra noter les Caves de Vatican, qui utilise pour la dénonciation, le mode de la caricature: caricature des dévots, des hommes de lettre, des truands de toute sorte. En tête des Caves de Vatican Gide écrit “Ceci n’est pas un roman”. Il décide d’appeler roman Les faux-monnayeurs (1925), où il change de technique: à la simplicité succède le foisonnement, au monde des fantoches l’épaisseur de la réalité. L’intrigue des Faux-monnayeurs grouille d’incidents et de personnages divers, depuis la fiote de Profitendieu du foyer paternel jusqu’au suicide du petit Boris, qui a pris au sériwux l’invention de ses camarades.
Marcel Proust (1871-1922), issu d’une riche famille de la bourgeoisie parisienne, vit une enfance heureuse, malgré le crises d’asthme dont il souffrira toute sa vie. Très tôt il est attiré par la vie mondaine, il se fait des relations artistiques dans des salons. Mais, ébranlé par la mort de sa mère, affaibli par la maladie, il mène une vie de plus en plus retirée dans son appartement parisien, son existence va desormais se confondre avec la composition de son oeuvre essentielle, A la recherche du temps perdu. Refusé par tous les éditeurs, le premier volume paraît à compte d’auteur, en 1913, dans une indifférence quasi générale. La gloire ne viendra qu’avec le deuxième volume, A l’ombre des jeunes files en fleurs, qui sera couronné par l’Académie Concourt. Le héros de la Recherche suit une évolution parallèle à celle de son créateur. Le roman est l’histoire de sa propre vie, la vie du héros se déroule, décevante et apparemment stérile jusqu’à ce qu’enfin, au terme du roman, une illumination lui fasse découvrir que c’est la vie elle-même qui est le sujet de l’oeuvre. L’instrument de cette découverte est un certain langage. Proust ne devient un maître que quand il passe du roman à la troisième personne (le “il” de Jean Santeuil) au “je” qui donne le ton de la Recherche. Ce “je” ne représente ni l’auteur, ni le héros, mais un personnage intermédiaire, le narrateur, dont les souvenirs constituent la matière du roman. Le narrateur se définit plutôt comme la conscience centrale de l’oeuvre. Le point de vue unique du narrateur, au-delà de la technique romanesque, est la traduction d’un sentiment profond, celui de la solitude de chaque conscience. Le roman s’ouvre sur une expérience angoissée de cet isolement: dans le demi-sommeil du narrateur, l’espace te le temps perdent leu fixité, l’esprit est privé des points d’appui extérieurs:
Comme il y a une géométrie dans l’espace, il y a une psychologie dans le temps où les calculs d’une psychologie plane ne seraient plus exacts.
Deux expériences de temps s’opposent dans la Recherche: celle de la destruction et celle de la résurrestion, en constituant le thème fondamental du roman.
Comme la mémoire involontaire, la création artistique conduit à la révélation d’une réalité supérieure. L’émotion que ressent Swann en écoutant telle “petite pgrase” d’une sonaten’est pas liée au souvenir douloureux d’un amour perdu, mais à la révélation, sous forme de quelques notes, d’un sentiment qu’il n’avait jamais su formuler. Ainsi, le langage de la musique est fondé sur la métaphore picturale contenue dans une métaphore littéraire. Le romancier fuit tout épanchement lyrique, son instrument est l’analyse psychologique. “En amour le choix ne peut être que mauvais”, l’amour n’apporte que souffrance. L’origine de cette souffrance, c’est l’impossibilité de lire dans la conscience d’autrui. Le narrateur a beau cloîtrer Albertine dans son appartement, en faire sa “prisonnière”, elle reste pour lui un “être de fuite”, une eternelle étrangère.
La guerre et le temps ont emporté un très grand nombre de poètes et d’écrivains. Pour le jeunes gens de 20 ans, la Première Guerre mondiale ne pouvait que dévoiler la faillite d’une civilisation qui les avait “dressés” pour les tuer. Le refus de cette civilisation fait naître le surréalisme, un courant le plus difficile à définir. Il est d’abord la négation (avec le nihilisme de Dada) d'une vie qui emprisonne l'individu. Ce n'est pas seulement les conditions de vie qu'il faut changer, mais l'homme. Sigmund Freud, dont les travaux paraissent au début du siècle (L'interprétation des rêves, 1899, Trois essais sur la théorie de la sexualité, 1905), révèlent l'importance des rêves et des désirs. André Breton, Louis Aragon , Robert Desnos et Paul Eluard retrouvaient grâce à la psychanalyse «les pouvoirs originels de l'esprit».
C'est à Zurich, où se trouvaient les exilés de l'Europe en guerre, que la crise de l'esprit se manifesta dans le dadaïsme. Tristan Tsara et ses amis Max Jacob et Reverdy, organisent des spectacles-provocations, ils dévalorisent l'oeuvre d'art et ridiculisent les objets de la civilisation moderne. Après l'expérience destructrice de dada, en 1924, le surréalisme (le mot est emprunté à Apollinaire) est officiellement fondé. Si le surréalisme a une grande importance dans l'histoire littéraire, ce n'est pas seulement par la révolution qu'il y a portée amis grâce aux écrivains de première grandeur qui l'ont servi et ont exploité ses découvertes. La plupart des surréalistes ont sympathisé le communisme, mais le courant de «déstalinisation» et l'intervention soviétique en Hongrie provoquent le déchirement de bien des consciences.
Le “roman-cycle” qu’on connaît plus communément sous le nom de “roman-fleuve”, n’est pas une nouveauté. On pourrait en citer maint exemple en Angleterre et en Allemagne, c’est les Rougon-Macquart, A la recherche du temps perdu, et Jean-Christophe, le modèle du genre, où l’on suit le musicien de son enfance rhénane jusqu’au moment où il meurt en évoquant le Rhin: un cycle se fermait, et dans ce roman-fleuve, le fleuve avait un rôle essentiel à jouer. L’auteur, Romain Rolland (1866-1944), aujourd’hui est moins lu. Il s’est plu à présenter son existence comme un “grand combat”. L’expression peut paraître surprenante de la part de celui qui s’est gardé d’entrer dans les rangs de tel parti., de telle église ou de telle nation. Ni l’appui qu’il apporte au comminisme après 1930, ni son rapprochement avec le catholicisme dans ses derniers jours, ni son cri d’amour vers la France, son “petit Liré”, quand il la retrouve en 1937, ne peuvent passer pour des signes d’engagement. Son attitude pendant l’affaire Dreyfus, sa volonté de se tenir “au-dessus de la mêlée” pendant la Première Guerre mondiale attestent nettement un désir de demeurer à l’écart de l’entraînement général. Il n’est pas indifférent, il a la passion de la conciliation. Marié à une juive, Clothilde Bréal, il évite en 1897-1898 les excès d’un dreyfusisme aveugle et s’efforce de démontrer qu’il y a dans les deux camps des mystiques sincères et des politiques méprisables: l’interprétation dreyfusarde qu’on donnera de sa pièce Les loups, ne sera pas son fait, mais celui des esprits échauffés. Installé en Suisse, à la déclaration de guerre, il publie dans le Journal de Genève, des articles qui seront bientôt réunis sous le titre Au-dessus de la mêlée: plein de pitié pour l’immense souffrance des soldats, de mépris et de haine pour les propagandes qui travaillent à diviser les peuples, il évite de porter aux nues les prétendues vertus de la France, sans se montrer plus indulgent pour les erreurs de l’Allemagne. On s’explique ainsi la solitude de Rolland tant dans sa vie privée (il divorça en 1901 et ne se remariera qu’en 1934, à 68 ans., il se querella avec ses amis) que dans sa vie publique. Il a célébré les grands hommes dans ses Vies des hommes illustres (Beethoven, Michel-Ange, Haendel, Tolstoï), les Tragédies de la foi, le Théâtre de la Révolution (Les loups, Le triomphe de la raison, Danton, Le 14 Juillet, Le jeu d’amour et de la mort, Pâques fleuries, Les léonides). En revanche on trouverait beaucoup de lui-même dans les héros de ses romans L’âme enchantée (1922-1927) et Jean-Christophe (1904-1912).
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L’aube. Enfance de Jean-Christophe Krafft dans une petite ville au bord du Rhin.La misère et les humilations n’empêchent pas l’illumination de la musique. A sept ans et demi, Jean Christophe donne son premier concert.
Le matin. Chargé à 14 ans de faire vivre sa famille, Jean Christophe donne des leçons de piano. Amitié passionnée pour Otto Diener. Premier amour impossible pour une de ses élèves, Minna, qui l’abandonne et le laisse désespéré. Mort de Melchior, le père ivrogne.
L’adolescent. Jean Christophe déménage, avec sa mère. Il perd la foi, mais au cours d’une extase mystique, sent que Dieu est épars dans la vie universelle. Amour pour une veuve, Sabine, qui meurt avant de s’être donné à lui. Liaison avec une fille facile, Ada, avec laquelle il ne tarde pas à rompre. Il est sauvé de la tentation de l’ivrognerie par son oncle Gottfried.
La révolte. Jean Christophe est devenu un compositeur original et occupe une charge de musicien à la cour du Grand-Duc. . Mais, s’étant révolté contre les mensonges de l’art allemand, il perd son poste, ses amis (sauf le vieux musicien Schulz) et doit finalement, à la suite d’une rixe, quitter son pays pour la France qui depuis longtemps l’attirait.
La foire sur la place. A Paris, déceptions de Jean Christophe qui ne trouve que désordre et corruption. Pauvre, malade, écoeuré, il découvre le visage de la vraie France dans la voisine qui vient le soigner, et il est réconforté par l’amitié d’un jeune poète, Olivier Jeannin.
Antoinette. Histoire d’Olivier et de sa soeur Antoinette qui s’est sacrifiée pour lui.
Dans la maison. Habitant Montparnasse avec Olivier, Jean Christophe découvre la vraie France. Sa réputation de musicien s’étend en Europe. Mort de sa mère.
Les amies. Olivier épouse une jeune fille coquette et neurasthénique, Jacqueline Langeais, qui parvient à brouiller les deux amis. Jean Christophe, qui a conquis la gloire, trouve la consolation auprès d’une actrice, Françoise Oudon, mais surtout dans l’amitié d’une musicienne, Cécile Fleury, et de Mme Arnaud. Abandonné par sa femme, Olivier revient vers lui. C’est alors que Jean Christophe découvre celle qui, à plusieurs reprises, a mystérieusement favorisé sa carrière: Grazia, l’épouse d’un diplomate autrichien. Il s’éprend d’elle, mais elle doit quitter Paris pour l’Amérique avec son mari.
Le buisson ardent. Jean Christophe et Olivier militent pour la cause ouvrière. Au cours d’une émeute, Olivier est tué et Jean Christophe, responsable de la mort d’agent, doit s’enfuir en Suisse. Il est recueilli par un ami protestant, Erich Braun, dont la femme, Anna, devient sa maîtresse. Désespéré, il songe au suicide. Mais le feu créateur se ranime en lui.
La nouvelle journée. Indifférent à la gloire qu’il a acquise, Jean Christophe vieillit en Suisse. Il retrouve Grazia, maintenant veuve, mais que la jalousie de son fils empêche de se remarier. Elle meurt et, dans la sérénité, Jean Christophe va bientôt la rejoindre.
Un des romans-fleuve les plus connus est, sans doute, le roman de Roger Martin de Gard (1881-1958) – Les Thibault, où l’histoire des personnages vient se heurter à l’Histoire. Le roman marche ainsi vers une issue (la guerre), connue du lecteur qui sait la vanité des efforts de Jacques et de Jennny pour la conjurer. La marche des évènements est aussi implacable que le cancer qui ronge Oscar Thibault. Les personnages semblent enmurés dans un univers tragique qui devient désolant pour le lecteur des derniers tomes. On peut reprocher à Martin du Gard une passivité qui le contraint à ne pas détacher son regard du passé récent, et expliquer son son silence après Les Thibault. Mais il fut aussi l’un de ceux qui protestèrent en 1958 (avec Malraux, Mauriac et Sartre) contre la torture en Algérie et qu’il refusa d’entrer à l’Académie française parce que ce grand corps n’avait pas su faire entendre, sous l’occupation allemande, la “vibrante protestation collective”, qu’on attendait de lui. Il est injuste de confondre Martin du Gard avec Antoine Thibault, enfermé dans un matérialisme scientiste un peu étroit, comme il est absurde de le confondre avec Jacques, le plus attachant de ses personnages. En fait, il s’est partagé entre eux,. Surtout, en vrai romancier, il a su garder à leur égard la distance qui convient, nuançant d’une touche désagréable tel personnage apparemment sympathique (Jacques ou Mme de Fontanin), approfobdissant la psychologie complexe du pharisien Oscar Thibault qui, comme le remarque Antoine après la mort du père, n’eut peut-être d’aversion pour le caractère aventureux de Jacques que parce qu’il existait entre eux “une similitude de tempérament”.
La coupure des deux guerres mondiales est particulièrement sensible pour la production théâtrale qui, plus que tout autre secteur de la création littéraire , est tributaire de l’évènement: fermeture des salles de spectacle en 1914, censure sous l’occupation allemande des années 40. Le retour de la paix, en revanche, semble coïncider avec la renaissance du théâtre. Quatre metteurs en scène – Georges Pitoëff, Charles Dullin, gaston Baty et Louis Jouvet, se groupèrent en un “Cartel des quatre” 1926 pour une commune défense de leur art. De 1936 à 1940 ils contribuèrent à la rénovation de la Comédie française. L’aîné, Georges Pitoëff, avec sa femme Ludmilaont défendu les oeuvres étrangères, en particulier celles des Russes. Charles Dullin fonda en 1922 le Théâtre de l’Atelier. Le Théâtre Sarah- Bernardt, devenu Théâtre de la Cité, servait les classiques et les modernes., contribuant en particulier à imposer le nom d’Armand Salacrou.
Le premier de la génération des grands dramaturges devient Jean Giraudoux (1882-1944). Bon élève d’abord, faisant ses études germaniques à Munich, puis aux Etats-Unis, à Harvard, il est mobilisé à la déclaration de la guerre. Il fait la “campagne d’Alsace” qu’il a transposé dans Lectures pour une ombre, blessé, il reste dans l’armée, se fait envoyer aux Dardanelles et revient avec une deuxième blessure. L’après-guerre coïncide, pour Giraudoux, avec la fin d’une longue adolescence. Il se marie, a un fils. Après trois romans, en 1928, il se tourne vers le théâtre. Il écrit Amphitrion 38 (1929), Judith (1931), Intermezzo (1933), La guerre de Troie n’aura pas lieu (1935), Electre (1937), Ondine (1939). Le thème fondamental de ses pièces est l’harmonie de l‘homme et l’univers. Pour retrouver cette harmonie perdue à la suite d’une cassure qui serait une manière du péché originel, Suzanne recommence l’aventure de Robinson Crusoé, Eléctre “fait signe aux dieux”, Isabelle dans l’Intermezzo flirte avec le surnaturel. Même si l’auteur déplore les fautes de ses héros, et les fautes de l’humanité, il prend en définitive le parti de l’humain. Suzanne revient dans son pays, Edmée retrouve son foyer. Ni le roi de Thèbes dans Amphitrion 38, ni Pierre dans Choix des élus ne sont méprisables: ils son des représentants de l’humanitl moyenne. Quant à Alcmène, qui repousse les offres séduisantes des dieux et choisit son destin de mortelle, elle est le porte-parole de l’écrivain.
L’irruption des dieux dans Amphitrion 38 ouvre une perspective nouvelle au moment même où les conflits semblent se resserer entre l’homme et les hommes, l’homme et les dieux. L’évasion devient alors une tragédie qui peut frôler la catastrophe. Le tragique apparaît d’ailleurs dans l’Histoire avec l’escalade qui conduit, malgré la bonne volonté des conciliants, à la guerre de Troie ou à la Seconde Guerre mondiale. Les dieux prennent des masques plus inquiétantes ou se réduisent à la fatalité. Egisthe a tout fait pour la conjurer, en vain. Il faut qu’une ville périsse pour que la justice soit sauve et pour que renaisse l’aurore (Electre).
Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale sur la vie politique française sont encore sensibles aujourd’hui. L’écrivain contemporain, à quelque idéologie qu’il se rattache, reste rarement insensible aux grands problèmes du temps: le péril nucléaire (Ionesco, Le piéton de l’air), la guerre de Vietnam (Armand Gatti, V.comme Vietnam). Pourtant on constate un repliement de l’écrivain sur lui-même. “L’Histoire est un long cauchemar dont j’essaie de me réveiller”, écrivait Joyce.
Renversant les postulats de la philosophie classique, les écoles issues de la phénoménologie affirment en l’homme le primat de l’existence sur l’essence, ou pour reprendre les mots de Sartre, posent que “l’homme est d’abord et ensuite il est ceci ou cela”. La solitude de l’homme apparaît comme un thème fondamental de l’existencialisme: il n’y a aucun secours à attendre d’un Dieu quelconque puisqu’il ne peut exister d’être antérieur à sa propre existence. En conséquence, l’homme est abandonné, obligé d’assumer sa propre liberté, “condamné à être libre”, comme le prétend Sartre dans L’être et le néant. Dès lors, l’homme se trouve contraint de choisir une essence qui l’engage, sans aucune possibilité d’échapper au choix: “La liberté est de choisit, mais non la liberté de ne pas choisir”. D’ où l’absurdité de la liberté qui force notre responsabilité aux yeux du monde.
Le monde que je me suis créé est en danger dès que l’autrui le contemple, c’est-à-direque je suis moi- même “perpétuellement en danger”. Le rapport avec autrui ne peur donc être qu’un conflit inévitable que tradiot la réplique de Huis-clos: “L’enfer, c’est les autres”. L’existence est absurde “sans raison, sans cause et sans nécessité”.
Par sa variété, sa masse et sa qualité, l’oeuvre de Jean-Paul Sartre (1905-1986) domine le milieu du siècle. “En un certain sens, j’ai choisi d’être né”, dit l’écrivain, issu d’une famille bourgeoise, qui perdit son père à l’âge de deux ans et fut élevé par ses grands parents. Le remariage de sa mère fait de lui un “bâtard”, un déraciné, qui se réfugie dans la possession d’un monde d’idées. Normalien, agrégé de philosophie, il enseigne au Havre, puis à Paris, et va séjourner à l’Institut français de Berlin où il suit les cours du philosophe Husserl.
Parallèlement à son oeuvre philosophique (L’être et le néant, Critique de la raison dialectique) et littéraire (essais critiques, récits, théâtre) Sartre joue un rôle politique important: “engagé” dans un monde dont il se sent “responsable”, tenté par le marxisme, il se trouve à la pointe de tous les combats menés par une gauche soucieuse de ne pas se compromettre avec la bourgeoisie. L’importance du “choix” dans la pensée de Sartre s’éclaire dès qu’on met en rapport l’attitude du héros de L’enfance d’un chef (la dernière des 5 nouvelles du recueil Le mur) et celle du jeune Jean-Paul dans Les mots. A travers les 5 nouvelles recueillies dans Le mur, Sartre présente des situations extrêmes:absurde de la vie face à la mort (Le mur), lucidité menant à la folie (Erostrate), amour comme solitude (La chambre).
Dans le refus premier de son milieu, Lucien Fleurier, le héros de L’enfance d’un chef, cherche à édifier son existence de manière autonome par “le dérèglement des sens”, mais fasciné intellectuellement, il n’ose aller au bout de ses expériences (refus de fumer le haschich, acceptation à contre-coeur de l’homosexualité…), toujours retenu par des relents de morale. Pour les autre, il “a une conviction”, à ses propres yeux il a conquis, aux dépens de sa liberté, une existence fixe: il est devenu un objet social.
Partant d’une situation sociale semblable, le jeune Jean-Paul découvre également la “comédie” de la vie dans Les mots: élevé dans une famille bourgeoise qui lui inculque les “les idées en cours sous Louis-Philippe”, Poulou se révolte en reniant la foi chrétienne, puis en écrivant. Pour “faire la grande personne”, l’enfant, séduit par les récits romanesques, envisage d’abord de devenir un “écrivain-chevalier” qui s’assimilerait les douleurs du monde pour les pourfendre de sa plume. En 1964 Sartre a refusé le Prix Nobel.
L’oeuvre romanesque de Sartre témoigne d’une volonté de rompre avec la tradition du roman français. On a même pu dire que La nausée (1938) était le dernier sommet d’une vaste chaîne: Balzac, Flaubert, Proust et Sartre. De fait, la tentative même de Sartre se situait à l’opposé du projet romanesque, puisqu’il voulait “exprimer sous une forme littéraire des vérités et des sentiments métaphysiques”.
Antoine Roquentin, qui prépare un travail d’histoire, découvre un jour la nausée: son moi est troublé. A la bibliothèque, il rencontre l’Autodidacte qui trouve dans l’humanisme une raison d’exister. Un dimanche, Roquentin regarde passer les Bouvillois, qu’il ressent comme des “salauds”; puis il découvre la contingeance en contemplant une racine de maronnier avant de perdre finalement conscience de son moi. Son existence lui semble vide, inutile: il décide d’écrire un livre pour “se rappeler sa vie sans répugnance”.
A travers son personnage, Sartre cherche à montrer la fascination des choses, d’où la structure particulière de ce journal métaphysique rythmé par quelques éblouissements: les bretelles du garçon du café, la banquette du bus, la racine du maronnier… qui tournent le dos aux expériences de déchiffrement proustiniennes. Avec Roquentin, une seule réalité s’affirme: l’absurdité de la vie. La destruction de La nausée ne s’applique pas seulement à Roquentin: le ton satirique, parodique, humoristique souvent, fait de cette Apocalypse qui débute en tragédie une gigantesque farce de l’engluement humain. Témoin le cartésianisme de Roquentin revu par Sartre: “Je ne pense pas, donc je suis une moustache”.
L’échec de Roquentin et son sursaut final achèvent de fermer La nausée.
Les chemins de la liberté (3 volumes) demeurent sans conclusion depuis 1949, et sans doute convient-il de voir dans cet abandon une attitude nouvelle de l’écrivain: malgré la pluralité des points de vue dans L’âge de raison et surtout Le sursis, Sartre se détourne d’un genre qui ne lui permet pas de donner une véritable existence aux conflits qui l’obsèdent. Le didactisme sartrien se réalise parfaitement dans le théâtre et dans l’essai, deux formes qui permettent d’embrasser la totalité d’une expérience soit par l’acte, soit par la parole, alors que le roman s’épuise à accomplir leur synthèse.
Sartre se tenait naturellement attiré par la scène qu’il tenait pour un moyen efficace de toucher le plus grand nombre: de 1943 à 1965 les dix drames représentées traduisent tous la même volonté de frapper le spectateur, non par un renouvellement des techniques scéniques, mais par l’exploitation d’un moment privilégié fondamental, celui où “les libertés se choisissent dans des situations”, le temps pendant lequel “un caractère est en train de se faire”. Il résulte de ce postulat que le drame sartrien ne peut être que problématique: le héros veut par un acte irréversible engager sa vie. Car l’engagement est la seule issue qui permette à ces hommes marqués par le destin (orphelinat de fait d’Oreste, bâtardise de Goetz, absence d’affection d’Hugo, emmurage de Frantz) d’échapper au vide de leur existence. C’est précisément le choix et l’exécution de l’acte, brefs instants durant lesquels ils atteignent à une existence pleine, que décide de nous montrer Sartre. Après quoi il ne leur reste que de disparaître.On peut diviser en cinq grandes parties cette production dramatique: mis à part Huit-clos (1944) dont les personnages sont prisonniers d’un univers mort dans une sorte de théâtre de l’”antisituation”, il est en effet possible de distinguer successivement une période de l’engagement forcé et individuel (Oreste dans Les mouches, 1943), que suit une phase d’engagement au nom de la collectivité (Hoederer dans Les mains sales, 1948 et Goetz dans Le diable et le Bon Dieu, 1951). Par opposition avec ces pièces de l’engagement positif, les deux séries suivantes proposent une vision négative du choix décidé par “la mauvaise foi”: il y a, d’une part, les oeuvres du jeu social, (Kean dans la pièce du même nom, 1953), et Georges dans Nekrassov, 1955), de l’autre, la tragédie de l’imposture du monde (Frantz dans Les séquestrés d’Altona, 1959). Les héros de Sartre échouent tous au bout de leur itinéraire: incapables de dépasser leur engagement, ils ne parviennent jamais à trouver le chemin de l’éthique, qui pourtant constitue le centre de leurs préoccupations. S’acharner sur la liberté n’est rien si c’est une liberté vide que l’on conquiert; or il reste encore à créer ce monde qui donnerait un sens à la liberté sartrienne.
A la différence de Sartre, Albert Camus (1913-1960) s’impose non comme un penseur, mais comme un artiste. Fils d’humbles ouvriers agricoles, il passe son enfance dans son Algérie natale. Son père étant mort au début de la Guerre, il doit exercer divers emplois pour poursuivre ses études de philosophie, que la maladie l’empêchera de mener jusqu’à leur terme. Parallèlement il anime une troupe de comédiens pour laquelle il écrit ou adapte des drames. En 1937, il publie un recueil d’essais, L’envers et l’endroit, que suivent un an plus tard Noces.
N’ayant pu s’engager lors du début de second conflit mondial, il milite durant toute l’occupation dans le groupe de résistance “Combat”. En 1942 paraissent coup sur coup L’étranger et Le mythe de Sisyphe. A la Libération, il prend la direction du journal Combat, poste qu’il abandonne en 1947, lorsqu’il publie La peste, afin de se consacrer exclusivement à la littérature: théâtre avec des adaptations de Dostoïevski, Faulkner, ou Caldéron, essai avec L’homme révolté.
En 1954, les évènements d’Algérie déchirent sa conscience et le font revenir quelque temps au journalisme: il poursuit cependant son oeuvre littéraire (La chute, L’exil et le royaume) que vient couronner le Prix Nobel en 1957, trois ans avant sa mort dans un accident de voiture. Après les premières pages lyriques Camus découvre l’absurde: un récit, un texte théorique et deux oeuvres théâtrales vont préciser et illustrer cet “insaisissable sentiment”. En 1938, Camus écrit L’étranger, qui ne sera publié que deux ans plus tard.
Rythmée par les sensations du narrateur, la première partie s’achève par les “quatre coups brefs sur la porte du malheur” que Meursault en proie au soleil, au vent et à la mer, tire sur un Arabe. Sans raison et malgré lui, il est devenu un assassin.
Dans la seconde partie, Meursault est jugé par la société: dans un monde qui lui reproche ses fréquentations douteuses et son indifférence visible à la disparition de sa mère, son silence obstiné le fait condamné à mort. Peu avant d’être exécuté, il s’ouvre à la tendre indifférence du monde.
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Le discours indirect renforce l’impression d’absence du personnage, cet homme-caméra qui ne conçoit rien, mais se contente d’enrégistrer e qui passe dans son champ vital. Etranger, Meursault l’est à plus d’un titre: insensible à la durée (“Aujourd’hui maman est morte. Ou peut- être hier, je ne sais pas”), indifférent au monde qui l’entoure (à Marie qui lui demande de l’épouser: “Cela m’était égal”), ignorant du jeu social (son attitude muette lors du procès), il reçoit comme passivement les impressions physiques que lui procurent la beauté,, le soleil, la mer… Pour lui le bonheur n’est pas une construction intellectuelle, une quête mystique ou un concept vide, mais une réalité. C’est pourquoi le renversement final qui permet au héros de prendre conscience de l’”indifférence du monde” n’est pas une victoire, mais un échec.
Dans le Mythe de Sysiphe Camus élimine de diverses tentations: certes la vie quotidienne est inutile, mais il faut refuser le suicide qui ne constitue pas la bonne parade à l’absurdité du monde. En effet, l’absurde n’est pas un état donné, mais le résultat d’un “divorce” entre la conscience et sa projection sur l’extérieur: pour s’y opposer il convient donc de satisfaire aux deux éléments, ce que ni le suicide, ni l’espoir ne parviennent à réaliser.
La pièce Le malentendu (1944) apparaît à juste titre comme trop schématique, trop théorique et trop technique (Jan et Martha, malgré une incontestable force, demeurent plus des symboles que des personnages) et Caligula est au contraire animé d’une puissance tragique remarquable. Lorsque, après la mort de sa soeur-amante, Caligula découvre cette vérité à la fois grande et stupide que “les hommes meurent et ne sont pas heureux”, il décide de s’installer dans un ordre différent, “où l’impossible est roi” – l’absurde, afin que puisse s’affirmer sa liberté “sans limites”.
La peste, qui après huit années de maturation vit le jour en 1947, se présente comme l’anti-Etranger.
A Oran en 1947: les rats viennent creuver, apportant avec eux la maladie. Rapidement, l’épidémie se répand, rendant nécessaire la mise en quarantaine de la ville. Une nouvelle vie s’organise: certains font du marché noir, des prédicateurs dénoncent le châtiment divin, le docteur Rieux en compagnie de Tarrou crée des formations sanitaires volontaires. Les gens meurent en grand nombre; devant l’agonie du jeune Othon, le Père Paneloux découvre que le mal n’est qu’un scandale injustifiable. Avec l’hiver, le fléau s’éloigne, emportant Tarrou au dernier moment. Tandis que la foule délivrée laisse éclater sa joie, Rieux demeure vigilant, car “le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais”.
Le problème central de La peste porte moins sur la raison de vivre que sur la manière de vivre: “Peut-on être un saint sans Dieu?” se demande Tarrou. Au départ il n’y a rien qu’une ville animée par des hommes mécaniques, ainsi que dans L’étranger, mais la vie n’est pas vue par un individu comme Mersault, elle est observée par une conscience lucide, Tarrou. Et puis soudain tout est boulevers: la présence du fléau transforme les pantins en hommes qui font l’apprentissage de la souffrance et découvrent l’amour: non ce sentiment égoïste que vante le journaliste Rambert, mais la “sympathie” pour l’humanité qui guide Rieux.
La lutte entre le bonheur personnel et l’existence d’autrui fournit à Camus le point de départ de deux oeuvres dramatiques fort différentes: L’état de siège (1948) et Les justes (1949).
Dans La chute (1956), long récit isolé du recueil des nouvelles L’exil et le royaume (1957), Camus propose un personnage qui reprend, en les inversant, les aspirations et les valeurs de ses uatres héros.
Dans un bar d’Amsterdam, Jean-Baptiste Clamence raconte à un auditeur invisible (le lecteur) sa vie: riche avocat, célèbre pour les nobles causes qu’il défendit, il a un jour senti s’éveiller sa conscience. Dès lors, c’est la chute: il se rappelle ses tromperies à l’égard du monde; sa lâcheté devant le suicide d’une femme lui révèle son ancienne duplicité. Il se juge lui- même pour tendre finalement aux autres le miroir dans lequel il se regarde.
Le ton du récit est nouveau: souple, animé, sarcastique, il rompt aussi bien avec la passivité de Meursault qu’avec le fraternalisme des personnages de La peste.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le théâtre manifeste une vitalité grandissante. A une demi-stagnation, vers 1965, où les maîtres de la dérision – Ionesco, Beckett, Genet – semblent se figer dans leur perfection, succède le bouillonnement créateur de mai 1968. Deux explorations paraissent alors dominantes:
– la recherche d’un théâtre radicalement politique
- la quête d’un théâtre-fête.
L’une se situe par rapport à Brecht, l’autre par rapport à Artaud. Le théâtre de Sartre et celui de Camus, chargés d’idées politiques ou métaphysiques, n’offrent rien d’esthétiquement neuf. Avec ces deux dramaturges, les écrivains les plus importants son Montherlant et Anouilh.
Depuis La reine morte (1942), Montherlant attire l’attention sur lui essentiellement par son oeuvre théâtrale. Ses pièces marquantes sont Le maître de Santiago, Fils de personne, Demain il fera jour, Malatesta, La ville don’t le prince est un enfant, Port-Royal, Don Juan, Le cardinal d’Espagne,, La guerre civile.
La formule dramatique de Montherlant oscille entre le resserrement de la tragédie classique et l’éclat foisonnant du drame romantique. A la médiocrité du monde s’oppose l’héroïsme d’un homme seul: aristocrate dédaigneux, qui hésite entre un tenace désir d’agir et le sentiment de l’inutilité de toute action. Mais ses héros ne sont pas convainquants: ils parlent beaucoup et ne savent pas très bien ce qu’ils servent.
Le style est d’une aisance souveraine, d’une froide pureté. Ici encore, cependant, la sobriété classique compose avec le lyrisme romantique, les maximes avec les images, la rigueur avec la sensualité.
Né à Bordeaux en 1910, bientôt fixé à Paris, Jean Anouilh y commence des études de droit, puis passe deux ans dans une maison de publicité. A partir de 1932, date de sa première pièce, L’hermine, il décide de ne vivre que pour le théâtre. Parmi la trentaine des pièces déjà écrites, les plus importantes semblent Le voyageur sans bagage et La sauvage, jouées avec grand succès par les Pitoëff, Euridice, Antigone.fasciné par le rêve de jeunes filles pures dans un monde corrompu, Anouilh remodèle l’histoire de Jeanne d’Arc dans L’alouette. Il remporte un triomphe avec Becket. Un moment ralentie entre 1962 et 1968, sa production dramatique s’est intensifiée avec Cher Antoine, Les poissons rouges, Ne réveillez pas Madame.
Plus que deRacine ou de Shakespeare, Anouilh se sent proche de Molière, de sa dénonciation féroce de la laideur de la vie. La fatalité de la médiocrité enserre les personnages: poids de l’hérédité et de la famille, bassesses de la pauvreté, farce de l’argent. Parfois cependant rayonne dans ce monde un élu: Loth au milieu de Sodome condamnée.
Brusquement, entre 1950 et 1953, se révèlent les auteurs les plus représentatifs de ce qu’on va appeler le “nouveau théâtre”: Ionesco, Adamov, Beckett, Genet. Cette avant-garde est apparue furtivement, le plus souvent dans les petites salles de la rive gauche de la Seine. Elle recourt é des moyens généralement pauvres, rejette le vérisme du décor et des personnages. Au liez des filons traditionnels – la sacro-sainte analyse psychologique, les tranches d’histoire, la satire d’un grope social – elle projette les angoisses, les obsessions d’êtres humains mécanisés, aliénés, solitaires. Ainsi ressuscite la pure tragédie. Du point de vue formel, elle répudie les constructions académiques au profit de techniques variées (cirque, mime, music-hall). On constate une dévalorisation de la parole – dont les écrivains mettent en évidence la sclérose, les clichés, le vide – au profit du spectacle, des objets qui prennent une importance grandissante, envahissent la scène, “parlent” leur riche language symbolique.
Installé défnitivement en France depuis 1938, Eugène Ionesco (de père romain et de mère française) songe d’abord à rédiger une thèse universitaire sur Les thèmes du péché et de la mort dans la poésie française depuis Baudelaire. Gagnant sa vie dans une maison d’édition il commence à étudier l’anglais: de là va naître La cantatrice chauve. Les répliques sosottes, les lieux communs du manuel d’anglais, et le sérieux qu’il faut normalement mettre à les réciter allait devenir une source inépuisable du comique.
Le premier héros ionescien fut le langage, dont la Cantatrice suit la décomposition grandissante. Privé de l’irrigation d’une pensée vive, le dialogue se mécanise, s’accélère, s’anéantit. Il en sera de même dans La leçon et dans Jacques. Cette prolifération des mots-objets et – à partir de Chaises – des objets eux- mêmes, est une des hantises les plus profondes de l’auteur: elle fait éclater “l’absence de Dieu”, l’irréalité du monde”. En 1958, ce théâtre s’ouvre à la dénonciation sociale (Tueurs sans gages, Rhinocéros). Rhinocéros peint la montée du fascisme, vécue par Ionesco en 1937-1938: une maladie, la rhinocérite, gagne peu à peu toute une ville dont tous les habitants se transforment en rhinocéros (c’est le thème kafkaïen de La métamorphose).
Le roi se meurt est “un essai d’apprentissage de la mort”. Dans un royaume vaguement médiéval tout va mal, tout se lézarde, les frontières se rétrécissent. On annonce au roi qu’il lui reste une heure et demie à vivre (le temps de la représentation, dit quelqu’un au public). Le roi refuse d’abord cette vérité, mais peu à peu, de cris en cocasseries ou en méditations lyriques, il va accepter l’inacceptable. Ce roi, évidemment, c’est tout homme.
Dans La soif et la faim, grand drame baroque, l’angoisse n’est pas de mourir, , mais de vivre. La soif et la faim de l’infini, de la vraie vie sont toujours déçues. Malgré son caractère “simple, primitif, enfantin”, le comique de Ionesco est plus désespérant que le tragique, dérisoire. Les inquiétudes de l’écrivain apparaissent aussi dans son Journal en miettes.
Lorsqu’il atteint d’un seul coup la gloire avec En attendant Godot, en 1953, l’Irlandais Samuel Beckett s’interroge depuis un quart de siècle sur l’art des grands romanciers (son compatriote Joyce, Proust). Installé à Paris en 1936, il compose d’abord des romans, des fables à la manière de Kafka, où intrigue et personnages s’amenuisent de plus en plus (Murphy, Molloy, Malone meurt, L’innommable), où l’homme face à la mort ne peut que parler, parler, s’occuper à de “petits tours pour faire passer les petits jours”. C’est ce même univers presque désespéré que nous présente son théâtre.
En attendant Godot. – La première journée d’attente: deux personnages clownesques, Vladimir et Estragon, attendent un mystérieux Godot (God) dans un lieu désert, où n’a poussé qu’un arbre, au bord de la route. Popur passer le temps, ils parlent futilement. Au lieu de Godot, arrivent deux personnages de cirque, Pozzo et Lucky, qui donnent un numéro. Un messager annonce alors que Godot “ne viendra pas ce soir, mais sûrement demain”. La nuit tombe soudain.
La seconde journée d’attente: mêmes personnages, mais vieillis. Pozzo est devenu aveugle, et Lucky muet. Le même messager vient annoncer que le rendez-vous est remis à demain. Didi et Gogo tentent en vain de se pendre. La même vie continuera demain, après-demain. “Qu’est.ce qu’on fait? – On attend Godot”.
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Des personnages, de leur passé, on ne sait rien. La pièce projette dans un éclairage cru la nudité, le vide de l’existence humaine. Rien ne se passe.
Les pièces suivantes – d’abord écrites tantôt en anglais, tantôt en français – évoluent vers une austérité, un dépouillement croissants: Fin de partie, Oh! Les beaux jours, et surtout dans Comédie, où les trois personnages ne bougent même plus, n’ont pas de nom, bredouillent leur amertume.
Enfant de l’Assistance Publique, puis jeune délinquant placé dans une maison de redressement, Jean Genet a choisi de proclamer sa solidarité avec “tous les bagnards de sa race”, de refuser le monde qui l’avait refusé, de célébrer le Mal. Au théâtre, Genet peint les domestiques, les homosexuels, les prostituées, les exploités (Négres, Algériens), ces microsociétés qui ont leurs moeurs, leurs rites, leur magie. Haute surveillance, sa première pièce, se situe dans le monde des prisons. Dans Les bonnes deux domestiques, après avoir tenté en vain d’empoisonner leur patronne, jouent à la maîtresse. Celle qui porte les habits de la patronne absorbe le thé empoisonné et meurt dans le rôle de Madame. L’autre trouve dans ce crime la justification de son existence d’humiliée. Le balcon a pour cadre un bordel, où sexualité et puissance se déployent dans une atmosphère mythique.
D’origine arménienne, fixé à Paris depuis 1974, Arthur Adamov (1908-1970) exprime dans une sorte de confession, L’aveu, son angoisse devant l’irréalité du monde et le vide du langage. De 1950 à 1955 son théâtre traduit avant tout ses cauchemars: La grande et la petite manoeuvre, L’invasion, La parodie, Le professeur Taranne, Le sens de la marche, Tous contre tous. Sa meilleure pièce, Ping-pong annonce un changement de manière: Arthur et Victor gaspillent leur vie au service d’une machine à sous. Léchec de l’ être humain n’ apparaît plus comme lié seulement à une névrose individuelle, il est causé aussi par une société vouée au profit, à la productivité, à la rentabilité.
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